Sulfure Festival 2019 : Sabiwa / Pierre-Georges Desenfant & Maxime Vavasseur / Vitor Joaquim

 date du concert

12/03/2019

 salle

Vent Se Lève,
Paris

 tags

Blackthread / Sulfure Festival 2019 / Vent Se Lève / Vitor Joaquim / Witxes

 liens

Vitor Joaquim
Witxes
Vent Se Lève

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Comme annoncé ces dernières semaines, voici le temps du Sulfure Festival, manifestation organisée par nos confrères et amis des webzines Indie Rock Mag et Des Cendres à la Cave. Dans le cadre du Vent se Lève, ce sont onze dates et trente artistes qui se succèderont sur scène, dans des registres assez variés mais souvent proches de nos propres inclinations. Cette belle programmation débuta, pour notre part, en ce mardi pluvieux, avec la date « surprise », ajoutée grâce au financement participatif levé par les responsables du festival.

Sabiwa

Face à une grosse vingtaine de personnes, ce fut tout d’abord Sabiwa qui s’installa, assise derrière deux laptops, capuche de sweat-shirt sur la tête et téléphone portable accroché devant ses yeux, l’écran tourné vers le public. La diffusion de vidéos sur ce petit appareil avait ainsi lieu en même temps que celles projetées sur le grand écran surplombant la scène, pas forcément synchrones mais intervenant globalement dans le même champ visuel, fait de collages et d’images saturées. Musicalement, la jeune femme livra une électronique parfois un peu appuyée, parfois plus légère, un peu répétitive cependant mais décente pour une entrée en matière. Afin de renouveler un peu le propos, la Taïwanaise fut rejointe, sur deux morceaux, par un instrumentiste jouant de la flûte traversière, soit de manière traditionnelle, soit affublée d’un tube en plastique, façon mélodica bricolé. Plutôt pertinent, cet apport donna de la consistance à l’ensemble.

Maxime Vavasseur & Pierre-Georges Desenfant

Après une pause un rien trop longue, pendant laquelle une table avait été disposée au centre de l’espace, deux Français s’installèrent de part et d’autre de celle-ci. Connus pour leurs travaux respectifs en tant que Witxes et Blackthread (nous avons déjà relaté plusieurs concerts de ces deux musiciens), Maxime Vavasseur et Pierre-Georges Desenfant ont commencé à travailler ensemble il y a un peu moins de deux ans. Dans une logique de forte improvisation, leur drone laissait à chacun une place assez identifiable, aussi bien visuellement qu’instrumentalement. Pendant que le premier assurait la partie plus mélodique, jouant sur ses contrôleurs et pads lumineux, adjoignant des sonorités parfois oniriques (simili-pépiements d’oiseaux, bruits aquatiques), le second générait diverses nappes plus ou moins grésillantes. Pour y parvenir, il jouait avec de courts câbles mini-jacks colorés, qu’il branchait et débranchait de sa grande machine. Le duo assura ainsi une belle occupation de l’espace sonore, mixant glitchs, nappes et propositions micro-électroniques.

Uniquement chroniqué ici pour ses enregistrements sur disque (sur Kvitnu ou Crónica Electronica), Vitor Joaquim est tout à fait repéré comme rattaché à ce dernier label, son électronique abstraite, minimale et expérimentale étant symbolique de ce que Crónica peut sortir. Comme les artistes de la structure portugaise se font plus que rares dans la capitale, c’est avec un vrai intérêt qu’on attendait ce concert, annoncé comme la réinterprétation de Geography, album paru sur le label de Porto en 2016. Alors que cette pratique d’un concert dédié à une étape marquante d’une discographie est monnaie courante dans l’indie-pop, elle semble maintenant se démocratiser dans l’électronique, après le concert de Keith Fullerton Whitman rejouant Playthroughs à Nantes en novembre dernier.

Assis derrière son ordinateur, lui-même placé derrière une petite plante verte, offerte par tirage au sort à un membre du public à la fin de son set, Vitor Joaquim joua donc l’intégralité de ce disque. Assurément pas désagréable, cette prestation manqua cependant à l’évidence de surprise, caractérisée par un défaut d’incarnation (était-ce dû au fait que le Portugais était masqué par le laptop et la plante ? à l’impression que le concert se déroulait de manière trop programmatique ?). L’ambient du musicien, assez froide, gagna néanmoins en densité uniquement au moment du dernier morceau, conclusion plus convaincante.

Afin de souligner la cohérence du plateau du soir, les cinq musiciens se retrouvèrent, une fois le set de Joaquim terminé, pour une improvisation un peu fouillie (c’est le jeu !) mais permettant quand même de reconnaître les éléments amenés par chacun, entre grondements lointains, mélodies saturées et samples urbains.

François Bousquet
le 15/03/2019

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