Présences Électronique 2019 : Max Eilbacher / Andrea Belfi / Sarah Davachi / William Basinski & Lawrence English

 date du concert

23/03/2019

 salle

Maison de la Radio,
Paris

 tags

Andrea Belfi / Festival Présences Électronique 2019 / INA / GRM / Lawrence English / Maison de la Radio / William Basinski

 liens

INA / GRM
Lawrence English
Andrea Belfi

Dans son écrin retrouvé de la Maison de la Radio, le festival Présences Électronique avait concocté une édition 2019 tout à fait conforme à ce qu’on pouvait attendre de la manifestation parisienne (à tel point qu’on fut surpris de constater que, sauf erreur, aucun des artistes programmés n’avait jamais joué précédemment au festival, tellement on était persuadé qu’il y avait là quelques habitués). Alors que la soirée du vendredi nous intéressait moins, celles des samedi et dimanche nous permirent de retrouver plusieurs musiciens suivis de ces pages, évoluant dans (ou avec) l’acousmonium du GRM.

C’est ainsi que, comme de coutume, la diffusion d’une pièce de répertoire ouvrit le plateau : intitulé Nuisances, le morceau de Pierre Boeswillwald (opérant depuis la console, au milieu du public) ne fut pas forcément aussi malaisant ou désagréable que son titre pouvait le laisser penser. Composé à partir d’enregistrements disparates, dont le Français n’avait pas forcément conservé les meilleurs, le titre donna le sentiment d’être parfois face à des pépiements d’oiseaux ou des bruits de klaxons, dans un contexte où, naturellement, la spatialisation du son apportait un véritable intérêt.

Même remarque avec le travail de Max Eilbacher, lui aussi placé au niveau de la régie, dont le premier tiers du set s’avéra très précis et fin, avec un beau jeu sur la mise en espace de sa production (sons venant de derrière et des côtés, éléments électroniques assez minimaux). Une saturation fit ensuite son entrée, se mutant en noise, caractéristiques qui devinrent également le sujet même de la pièce de l’États-Unien, avec l’histoire contée d’une mouche volant autour d’un frigo et se prenant dans une toile d’araignée. Cet insecte volant passait alors de part et d’autre de la scène, au gré du passage d’une enceinte à l’autre, d’un élément de l’acousmonium à l’autre. Des larsens presque métalliques prirent ensuite le relais avant d’arriver à une dernière partie davantage portée sur le grésillement avec une occupation encore plus importante de l’espace sonore.

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Andrea Belfi

Après ces deux sessions centrées sur le travail de diffusion et de manipulation des sources, cela fit du bien de retrouver un véritable live avec la prestation d’Andrea Belfi. Sa batterie placée au centre de la scène, l’Italien débuta par une très bonne articulation entre organique et synthétique, par la rencontre de sons envoyés de son pad et frappes sur ses fûts. Plus éparses et détimbrées pour commencer, celles-ci laissaient alors beaucoup de place à l’électronique, lumineuse et aérienne. Puis, les coups devinrent plus fréquents, les cymbales furent introduites et l’électronique fut davantage cantonnée à un rôle d’accompagnement et de relais, servant, par exemple, à traiter par delay les coups sur le charleston. Une fois installé et éprouvé, ce beau schéma nous parut un peu trop répétitif mais constituait assurément un très bon moment.

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Sarah Davachi

Canadienne non encore mentionnée ici, Sarah Davachi multiplie pourtant les sorties et tourne de plus en plus en Europe. Assise derrière sa table, la jeune femme superposa des nappes plutôt lumineuses, quasi-scintillantes parfois, tournoyant légèrement et à l’intensité variable. Avec ses éléments issus de diverses machines, elle produisit des itérations circulaires, ondoyant aisément dans l’espace et berçant joliment un public conquis par cette prestation, pas forcément extrêmement novatrice mais très touchante et convaincante.

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William Basinski & Lawrence English

Pour terminer, et comme annoncé lors de la recension de leur album publié en octobre dernier, William Basinski et Lawrence English vinrent présenter leur travail en commun. Avec un son plus concentré et moins ample, ils offrirent un empilement de textures peu riches dont la rencontre provoqua de légers frottements tremblotants. Presque limité à faire varier l’intensité du rendu de sa boucle magnétique, en manipulant son potentiomètre, Basinski faisait preuve d’un statisme impressionnant, tandis qu’English, concentré sur son laptop, livrait les autres composantes du long morceau offert au public. Si, musicalement, la simili-facilité déplorée lors de notre chronique se retrouva ici, elle fut relayée par une forme de posture de la part des deux musiciens (lunettes noires et mains gantées de cuir pour l’États-Unien, grand chapeau pour l’Australien), pour un résultat qui, comme sur disque, nous fit penser qu’il pourrait aussi bien durer vingt minutes que deux cents.

François Bousquet
le 28/03/2019

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