Yndi Halda / Staghorn

 date du concert

06/05/2019

 salle

Supersonic,
Paris

 tags

A Lily / Supersonic / Yndi Halda

 liens

Yndi Halda
Supersonic

Attendu depuis onze ans et demi, et un festival donné à Lagny-sur-Marne, le retour en région parisienne d’Yndi Halda avait presque fini par être un doux rêve. Fort heureusement, une large tournée européenne d’une quinzaine de dates (dont trois en France) nous donne l’occasion de retrouver ce qui est assurément un de nos groupes post-rock favoris, probablement le dernier représentant de la scène anglaise dans ce registre, et l’un des rares dont on réécoute les disques avec passion.

En ouverture de soirée, le Supersonic avait convié des locaux, avec le quatuor Chancellors, constitué de deux guitares, une basse et une batterie, soit une formation assez traditionnelle pour ce qui était annoncé comme du post-rock. Pour autant, le chant des deux guitaristes nous en convainquit rapidement : il s’agissait de s’orienter plutôt vers un certain métal, dont il est constaté de plus en plus que la frontière avec le post-rock se fait poreuse. En témoigne, par exemple, l’affiche du festival « Post in Paris », revendiquant sa coloration post-rock, mais tourné, en vérité, beaucoup plus vers le métal. Avec Chancellors, le caractère martial et démonstratif l’emportait, tandis que le chant se faisait assez hurlant et rauque et que, de manière assez surprenante compte tenu du matériel instrumental dont les Parisiens disposent, certaines introductions étaient préenregistrées.

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Staghorn

Accompagnant Yndi Halda sur toute leur tournée, les États-Uniens de Staghorn prirent place ensuite, dotés de petites capes à capuche et entourés de vapeurs d’encens. Placée côté cour, la bassiste alternait avec un harmonium alors qu’à jardin, le guitariste lançait parfois des samples parlés de sa machine. Les passages plus lents, mêlant notes et accords issus de l’instrument à soufflet, et combinés aux textes dits, se firent alors très convaincants ; plus loin, quand les instruments amplifiés reprirent le devant, dans des moments de rage, Staghorn se fit plus traditionnel. Toutefois, le trio démontra une bonne capacité à contenir ces séquences et à ne pas trop verser dans la grandiloquence qu’on avait pu observer dans le set précédent. N’attendant rien de ce set, étant un peu refroidis a priori par l’imagerie hard du groupe (visuels de leurs t-shirts, tatouages à foison), nous fîmes là une bonne découverte, assistant en tout cas à un prélude tout à fait cohérent avec ce qui allait suivre.

Car, à 22h30 précises, les six membres d’Yndi Halda passèrent sur scène, face à un public qui s’était un peu éclairci, mais dont certains ne purent s’empêcher de continuer à discuter, y compris pendant les passages les plus lents. Avec sa composition changeante (notamment à la basse, où il s’agit du quatrième intervenant depuis les débuts du groupe), la formation britannique maintient toutefois un niveau qualitatif indéniable, comme l’a démontré son EP paru l’an passé. Bien que connaissant, en plus de ce disque, par cœur leurs deux autres productions, on fut quand même pris par surprise par la relance constituée d’accords de guitare grattés de haut en bas par Jack Lambert vers la fin de We Flood Empty Lakes, par la mélodie aux allures de marche héroïque soutenue par la batterie métronomique d’Oliver Newton dans We Flood Empty Lakes ou bien par les vocalises libératoires et presque criées de Dash And Blast.

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Yndi Halda

Au reste, plus encore que sur leurs disques, la participation des voix et chœurs nous parut particulièrement marquée ce soir, présents sur tous les morceaux et relayant efficacement les guitares pour assurer les parties mélodiques. Ces dernières étaient donc, en parallèle, exécutées par James Vella et Jack Lambert, par alternance, soit en accords, soit en notes détachées, tandis que Phil Self laissait parfois sa six-cordes de côté pour jouer du clavier. Pour s’extraire du tout-venant du post-rock lyrique, le sextet peut aussi compter sur l’apport du violon de Daniel Neal, générant une autre forme d’émotion que la section rythmique et les guitares, affublé d’une réverbération supplémentaire par rapport à ces dernières, doublant, par ses pizzicati, les harmonies vocales de Vella et Simon Hampshire sur Golden Threads From The Sun. Pour clore cette magnifique heure et quart, les Anglais nous offrirent This Very Flight, terminé, au milieu d’un public enfin silencieux, par tous les membres, Lambert excepté, jouant des lames de métallophones individualisées, entre berceuse tintinnabulante et retour à la quiétude nocturne.

François Bousquet
le 09/05/2019

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