múm

 date du concert

18/09/2019

 salle

Maroquinerie,
Paris

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Maroquinerie / múm

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múm
Maroquinerie

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C’est à croire que l’année 1999 était, sur le plan discographique, une année exceptionnelle tant les ressorties d’albums, pour leurs vingtièmes anniversaires se multiplient ! Après Sigur Rós ou Piano Magic, pour notre spectre musical, c’est Yesterday Was Dramatic, Today is OK, premier effort de múm, qui connaît une telle réédition. Pour le coup, il s’agit même de la deuxième réédition car Morr Music, qui vient de sortir ce disque, l’avait déjà republié en 2005. Cette fois-ci, la ressortie est agrémentée d’un second disque de remixes (certains déjà publiés en 2001, sur un album dédié, et d’autres inédits dont l’excellente relecture par le Kronos Quartet de Smell Memory) et d’une tournée européenne d’une dizaine de dates. S’arrêtant à la Maroquinerie, déjà hôte des Islandais il y a dix ans pour notre dernière recension d’un de leurs concerts, la formation voyage avec ses projets parallèles puisqu’en fonction des dates, Mr. Silla (soit Kristín Anna Valtýsdóttir) et Gyða Valtýsdóttir jouent en première partie, permettant de capitaliser sur le retour dans le groupe, pour cette tournée-anniversaire, des jumelles.

Mr. Silla

Toutefois, par malchance pour les Parisiens, ce fut la première de ces deux aventures solitaires qui officiait dans la salle de Belleville (alors que, le lendemain, les Bruxellois purent profiter du violoncelle de Gyða Valtýsdóttir). Habillée d’une combinaison jaune poussin, maquillée à outrance (fard à paupières à paillettes, rouge à lèvres marqué) et s’étant fait des mèches bleues, sa sœur livra une prestation d’une grosse demi-heure. Ses ballades électro-pop assez insignifiantes, interprétées aux guitares électriques (la sienne et celle d’un comparse masculin), trouvèrent pourtant un intérêt quand la voix de Kristín Anna Valtýsdóttir, pourvue d’effets, se faisait passer pour un timbre masculin (sur le premier morceau, par exemple). On pouvait alors y voir une tentative de jeu sur le transgenre, à mettre en corrélation avec le nom masculin du projet (Mr. Silla) et le maquillage un peu forcé de l’Islandaise.

Réalisée à l’occasion de l’anniversaire de leur premier album, donc, la tournée de múm pouvait laisser imaginer que le groupe allait s’adonner à une relecture stricte de ce disque, ce qui ne nous aurait, au reste, pas forcément déplu tant cet album s’avère, vingt ans après, toujours aussi convaincant. Plutôt que ce programme un peu trop rigoureux, les Islandais optèrent pour un set partagé entre morceaux issus de ce disque et titres provenant de Finallly We Are No One (leur deuxième album), plus quelques autres isolés, piochés dans leurs sorties ultérieures. Comme la première période de múm reste notre préférée, nous ne pûmes qu’être immédiatement séduits, avec un début de concert qui les vit enchaîner The Land Between Solar Systems, Asleep On A Train et Awake On A Train. Par la suite, on reconnut notamment I’m 9 Today, Slow Bicycle, We Have A Map Of The Piano ou encore Now There’s That Fear Again.

múm

Sur ces morceaux, les musiciens (hormis le batteur) n’hésitaient pas à changer d’instrument, permettant à Kristín Anna Valtýsdóttir de passer du mélodica à la basse, à Gyða Valtýsdóttir de délaisser parfois son violoncelle (insuffisamment sonorisé au début) à une guitare ou au Moog, à Gunnar Örn Tynes d’aller de la basse au clavier et à Örvar Þóreyjarson Smárason d’opérer au mélodica, au Glockenspiel ou à la petite guitare. Avec cet instrumentarium varié, le quintet put donner pleinement corps à leurs morceaux d’electronica-folk, intelligemment traduits sur scène, à l’image de There Is A Number Of Small Things, joué pour la troisième fois seulement en live (une fois en 2005 et la veille, à Zürich) avec sa belle ligne de basse en croches, ou bien de la capacité du batteur à dialoguer avec l’électronique en apposant des tissus sur ses cymbales.

À l’inverse, sur des titres plus récents et faisant la part belle au chant des jumelles, dans un format « chanson » (comme A Little Bit, Sometimes), le groupe perdait assurément de sa singularité mais ces passages furent minoritaires. Salué par des applaudissements, marques d’approbation et… des bras tendus tenant des smartphones filmant le titre, Green Grass Of Tunnel fut accompagné de spots verts qui zébrèrent la scène. Peu après, The Ballad Of The Broken Birdie Records vit Gyða Valtýsdóttir, pendant que sa sœur se chargeait du refrain au mélodica, faire une sorte de chorégraphie un peu gênante, symbole d’un set où, sur le plan de la posture, elle força un peu l’affectation et le caractère torturé. Rien cependant qui ne nous fit perdre de vue que ce concert réunit choix pertinent de la setlist et maîtrise du plateau par un groupe pour lequel nous gardons, à l’évidence, une tendresse certaine.

François Bousquet
le 20/09/2019

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