Le Fil d’Alerte

 date

du 10/09/2019 au 26/10/2019

 salle

Fondation d’entreprise Ricard,
Paris

 appréciation
 tags

Corentin Canesson / Estefanía Peñafiel Loaiza / Fondation d’entreprise Ricard / Gaëlle Choisne / Kapwani Kiwanga / Marcos Ávila Forero / Sarah Tritz / Simon Boudvin

 liens

Fondation d’entreprise Ricard

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C’est avec beaucoup d’espoir que nous nous rendions à la Fondation d’Entreprise Ricard pour l’exposition des prétendants au Prix 2019 de la structure. En effet, choisie par Claire Le Restif, Directrice inspirée du Crédac d’Ivry-sur-Seine, la sélection de cette année présentait, outre ce patronage, plusieurs atours attirants : dotée d’un bel intitulé, concentrée sur neuf artistes, laissant la majorité (cinq sur neuf) aux artistes féminines et présentant à la fois des plasticiens déjà repérés (notamment pour avoir été exposés au Crédac) ou encore inconnus. Avec une telle introduction, le lecteur aura certainement deviné que nos attentes ont été un peu déçues à la vue de la présentation collective, notamment en raison d’une mise à distance un peu trop importante du visiteur et parce que, même s’il s’agit probablement d’une gageure compte tenu du format de l’exposition, il fut difficile de trouver un lien (un fil ?) reliant les intervenants.

Vue de l’exposition

De fait, plusieurs créations ne prennent un tour intéressant qu’à la lecture des supports de salle, n’existant pas suffisamment par elles-mêmes, nécessitant un travail explicatif et une exégèse : sortes d’aquarium de Paul Maheke, travaux d’Estefanía Peñafiel Loaiza (photo, vidéo, peinture, composition à base de compas et grain de maïs). À l’instar de notre réception assez tiède de son exposition personnelle du Crédac, nous n’avons pas été séduits par les petites sculptures et installations, aux teintes rose pâle et à la réalisation proche de l’art brut ou des maquettes d’enfant en papier, de Sarah Tritz, et pas davantage par les grandes toiles de Corentin Canesson.

Deux propositions retinrent davantage notre attention. Si la vidéo de recréation des mouvements d’ouvriers chinois, mais sans avoir en main leurs outils et matériaux, par Marcos Ávila Forero peut sembler assez courue, elle se trouve singularisée par une mise en espace des écrans de projection qui agit en écho avec l’intérieur de logement asiatique dans lequel se déroulent les scènes filmées (Théorie du vol des oies sauvages, notes sur les mouvements ouvriers), combinaison qui a recueilli les faveurs du jury qui lui a décerné le Prix de la Fondation d’Entreprise Ricard. Avec des moulages et scans de propres parties de son corps, Gaëlle Choisne se fait autobiographe et archéologue en même temps, dans un mouvement qui tient à la fois du regard sur soi et de l’ouverture aux autres, puisqu’il s’agit, d’une part, de faire appel aux ouvriers d’Alep, en Syrie, au cœur du conflit local et, d’autre part, de juxtaposer, sur le même cliché, des archives de la Rijksakademie d’Amsterdam et ses propres pieds ou mains.

Vue de l’exposition

Pour finir, place aux deux gestes qui nous ont le plus touchés avec tout d’abord celui que nous avions pu croiser en 2011 et 2012, Simon Boudvin, qui s’attachait déjà aux constructions et à l’urbanité. Poursuivant cette recherche, il s’est consacré à l’ailante, plante qui pousse dans les interstices, entre les murs et de manière sauvage, pour en documenter la présence en région parisienne, mais aussi réaliser des meubles en bois à partir, précisément, des troncs de ce végétal. À ce processus de réemploi vertueux fait écho la combinaison réalisée par Kapwani Kiwanga qui a associé, de manière joliment minimaliste, une plaque de métal et un beau coquillage en verre (Lambi). L’équilibre précaire, sous-tendu par la présence d’une barre de fer sous la plaque, fait craindre pour l’avenir du coquillage et, en creux, pour l’avenir même de l’écosystème d’où il provient, dans un geste limpide et pertinent. Apprenant que l’artiste franco-canadienne sera exposée au Crédac en 2020, nous quittons alors la Fondation d’Entreprise Ricard avec une autre forme d’espoir que celui qui nous habitait à l’entrée.

François Bousquet
le 21/10/2019

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