Vessel

 chorégraphe

Damien Jalet

 date

du 06/03/2020 au 13/03/2020

 salle

Théâtre de Chaillot,
Paris

 appréciation
 tags

Damien Jalet / Théâtre de Chaillot

 liens

Théâtre de Chaillot

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Chorégraphe fort prisé (Madonna et Thom Yorke l’ont récemment sollicité pour, respectivement, une tournée et une vidéo), Damien Jalet multiplie donc les collaborations et rencontres. En résidence à Kyoto, en 2015, il a travaillé, aux côtés du sculpteur japonais Kohei Nawa, sur le katakuriko, fécule de pomme de terre blanc, au rendu entre neige et matière semi-gluante. Formant un large support semblable à un cratère au milieu du plateau, cette matière immaculée se trouve entourée d’une pellicule d’eau sur laquelle on trouve les sept danseurs au début d’un spectacle commençant par un noir absolu et une montée, très lente, de la luminosité.

Si ce démarrage s’avère très couru, la suite va se montrer nettement moins attendue puisque les têtes (et, a fortiori, les visages) des interprètes, simplement vêtus d’un slip couleur chair, ne nous seront pas montrés pendant toute l’heure de la représentation. À la place, le spectateur aura régulièrement face à lui les dos et les membres des danseurs, privilégiant une posture dans laquelle ils sont à genoux, dos courbé, tête rentrée dans les épaules et bras croisés pour cacher leur tête. Aussi impressionnant techniquement que visuellement, Vessel joue alors sur l’indétermination de ce qui est montré : quels membres sont mis en action ? dans quel sens faut-il regarder le dos qui nous est présenté ? quel est, même, le sexe du danseur en mouvement ? Au surplus, les corps sont invités à se mélanger, quand l’un porte l’autre ou quand ils apparaissent sous celui d’un autre qui vient de se redresser. Loin du corps-machine tant exploré de nos jours, on se trouve ici plutôt face à une réflexion sur le corps-liquide ou le corps-animal, l’analogie avec des batraciens (plasticité des membres, évolution sur l’eau, glissades) ou des invertébrés (contorsions multiples) étant assez forte.

Le spectacle est, par ailleurs, servi par une musique électronique minimaliste, œuvre de Marihiko Hara (avec quelques contributions sporadiques de Ryûichi Sakamoto), faite de souffles, glitches et mini-explosions au rythme desquelles les danseurs évoluent, faisant bouger leurs corps tels de balanciers, ou bien se redressant pour suivre quelques notes de piano de Sakamoto. Gagnant tous le cratère dans la dernière partie du spectacle, les danseurs s’emparent d’un peu de katakuriko pour s’en recouvrir, puis s’y fondre complètement, renvoyant au liquide amniotique dans lequel, inévitablement, chacun retourne à la fin, comme pour boucler la boucle.

François Bousquet
le 12/03/2020

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