Festival Panoptica 2005 : Apparat / Arovane / Boy Robot / Solvent / aMute / Intricate

 date du concert

05/11/2005

 salle

Salle des Fêtes de Bressoux-Droixhe,
Liège

 tags

aMute / Apparat / Arovane / Boy Robot / Brothomstates / Festival Panoptica 2005 / Intricate / Salle des Fêtes de Bressoux-Droixhe / Solvent

 liens

Apparat
Arovane
Brothomstates
Solvent
Festival Panoptica 2005
Intricate
aMute

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La quatrième édition de cet immanquable rendez-vous liégeois se tenait, pour la deuxième fois, dans la même salle, tout à fait appropriée à ce genre d’événement. Le public était présent en nombre (presque trop par moments, mais tant mieux pour les organisateurs), rassemblant connaisseurs et clubbers dans une joyeuse atmosphère. En 8 heures d’odyssée électronique, la salle est passée d’une écoute religieuse des textures de aMute à un dance hall géant pendant Apparat et Brothomstates vs Blamstrain.
La programmation nous a semblé plus cohérente et homogène que les autres années et, globalement, d’une meilleure qualité d’ensemble car dépourvue de réels points faibles. Le line up était plus diversifié l’an dernier, mais plus enthousiasmant cette année car les noms progressivement offerts en pâture sur le forum rassemblant la fidèle et motivée communauté de panoptiquiens ne pouvaient que convaincre de tenter le déplacement.

L’événement a indiscutablement tenu ses promesses. C’est à une pure fête électronique que l’on a assisté car, si l’on excepte la discrète mais indispensable guitare contemplative de aMute, seuls les laptops et autres outils digitaux étaient à l’oeuvre devant les deux écrans géants disposés sur la scène. Ecrans que l’on retrouvait de chaque côté de la salle et qui permettaient de se plonger de temps à autre dans des visuels de grande qualité et diversifiés. L’on a ainsi pu alterner les moments d’introspection, yeux clos, la contemplation des images et les passages où la danse devenait nécessaire pour entrer en communion avec le son.

Jérôme Deuson, aka aMute, nous a bien séduit avec un set dense et profond, très réflexif, à tonalité plus électronique que ses précédentes prestations. Les textures du Bruxellois sont complexes, poétiques et inspirées et c’est à une véritable recherche qu’il nous convie.
Vint ensuite la première star de la soirée en la personne de Uwe Zahn, aka Arovane, qui a délivré une prestation calme et travaillée faite de craquements et de modulations subtiles mais qui nous a, pour tout dire, un rien laissé sur notre faim car on le sait capable de pousser ses travaux un cran plus loin. Le talentueux Allemand est resté quelque peu trop sage et trop peu ambitieux à notre goût, tout en développant des passages soignés et percutants le situant - bien plus qu’Intricate qui suivra - de plus en plus dans le sillage d’Autechre.
Intricate était la seule découverte complète pour nous. Ce duo suisse, présenté dans les instructives notes du site du festival comme évoquant le prestigieux binôme anglais précité, nous a plutôt évoqué Plaid ou Prefuse 73 par son habileté à combiner rythmiques efficaces lorgnant vers le hip-hop et amples mélodies. C’est ici que la soirée a vraiment débuté pour ce qui est de l’ambiance, le duo - largement inconnu des spectateurs - ayant fait forte impression et ayant amené pas mal d’entre eux à plonger sans frein dans leurs pièces electronica solides et très abouties.

Vint ensuite le Canadien Solvent, que beaucoup attendaient et ont apprécié plus que nous. Chemise blanche et cravate derrière son laptop et son synthé Korg, Jason Amm délivre ses typiques ritournelles combinant électro-pop moderne (à la Miss Kittin, Ladytron ou Fischerspooner) et motifs synthé vintage évoquant irrépressiblement les eighties made in OMD ou Yazoo. Très référencé, indiscutablement plaisant, ce set fut tout de même un brin répétitif, d’autant que l’emploi trop fréquent du chant au vocoder finit par lasser. Quand Jason subit un plantage informatique, on ne souhaite pas particulièrement qu’il poursuive mais il prévoit quand même de retenter le coup après le set de Boy Robot qui commencera donc avec une demi-heure d’avance.
Second temps fort avec une excellente prestation de Michael Zorn, dont l’album Rotten Cocktails sorti cette année était déjà très convaincant. On évolue ici dans une galaxie plus chaude, l’Allemand proposant une sorte de groove minimal très travaillé, employant des sonorités métalliques et froides qu’il enveloppe d’une rythmique à la fois paisible et dynamique évoquant fortement le style de labels compatriotes comme Ware, Traum ou Playhouse. Le set a mis un peu de temps à prendre mais a progressivement pris une indéniable et jouissive épaisseur... avant un nouveau plantage informatique (sur PC cette fois, ne faisons pas de jaloux) heureusement vite résolu.
Retour de Solvent ensuite qui a donc pu terminer son set en le reprenant là où il avait dû l’abandonner mais en délivrant cette fois quelques pièces plus anciennes datant de l’époque Suction et qui nous convainquent davantage, malgré notre impatience.

C’est qu’en effet le grand moment approche, à savoir la prestation d’Apparat qui s’annonce pour beaucoup, dont nous, comme le point d’orgue de la nuit. Il est 2h, Sascha Ring s’installe derrière son laptop et sa table de mixage et d’effets qu’il triturera de manière énergique et ici, point de délai d’attente, le ton est donné d’emblée. C’est à une prestation éblouissante que nous avons assisté, combinant de la meilleure manière qui soit - comme le rappelle la note de présentation du site du festival - les splendides travaux electronica du Berlinois (pour Shitkatapult ou Neo Ouija) et ses excursions plus dancefloor destinées à BPitch. Climats abrasifs et torturés suivis d’envolées rassurantes, juxtaposition de couches virevoltantes et enivrantes, intensification progressive du propos, développements fins créant un continuum musical digne des meilleures prestations live electronica qu’il nous ait été donné de voir, tout a concouru à faire de la grosse heure passée en compagnie d’Apparat un périple du meilleur niveau. Jusqu’à ce qu’il soit abruptement interrompu par le 3e plantage informatique de la soirée, qui sembla beaucoup énerver Sascha mais qui ne l’a heureusement pas empêché de poursuivre rapidement par deux pièces electronica de toute beauté, à l’image du splendide album Duplex, suivies d’une clôture plus martiale et industrielle d’une redoutable efficacité. La boucle était bouclée, et pas mal de spectateurs partirent conquis à ce moment.

Pour notre part, nous ne voulions pas manquer la collaboration inédite entre Lassi Nikko (Brothomstates) et son tout jeune compatriote Juho Hietala (Blamstrain), qui s’annonçait comme le dessert suivant le plat de résistance que nous venions d’ingurgiter. La salle se clairsemait et les jeunes clubbers enthousiastes prenaient possession de l’espace. Commençant de manière approximative et peu convaincante, le duo s’est peu à peu orienté vers des climats durs, hachés, que l’on peut qualifier de tech-house old skool, bien éloignés de leurs travaux discographiques respectifs. Le set, efficace mais manquant de liant, nous trouvait fourbu et quelque peu saturé par tout ce qui avait précédé - éternels affres des artistes programmés en dernier lieu. Nous fîmes néanmoins l’effort de nous y intéresser et nous en retirons une satisfaction modérée mais immédiate et qui ne laissera guère de véritable souvenir. A vrai dire et pour la première fois de la soirée, nous nous sommes plutôt concentré sur les très belles projections du duo lillois Zelabo (notons au passage que le site du festival fourmille également de renseignements sur les VJ programmés).

Réunion incontournable d’une galerie de passionnés venant d’horizons divers, l’édition 2005 de Panoptica fut une belle réussite et un grand moment. Nous en retiendrons, en attendant impatiemment l’édition 2006, la découverte d’Intricate, la confirmation de la grande qualité de Boy Robot et surtout la très forte impression laissée par l’immense talent d’Apparat.

Gilles Genicot
le 06/11/2005

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