Ryuichi Sakamoto + Alva noto / Arve Henriksen

 date du concert

13/10/2005

 salle

Cigale,
Paris

 tags

Alva Noto / Arve Henriksen / Cigale / Ryuichi Sakamoto

 liens

Arve Henriksen
Ryuichi Sakamoto
Alva Noto
Cigale

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Mi-octobre, le festival Factory investissait La Cigale et La Boule Noire pour quelques dates mêlant jazz et électronique. Nous fîmes le déplacement principalement pour voir Ryuichi Sakamoto et Alva Noto (Carsten Nicolai) alors que venait de sortir Insen, leur deuxième album en commun. En guise de première partie, on trouvait Arve Henriksen, membre de Supersilent dont nous ne sommes pas vraiment fan.
Quelles seraient donc nos impressions à l’issue de ces deux concerts ?

En ce qui concerne la prestation d’Arve Henriksen, nous arrivions en fait vierge de toute opinion étant donné que l’on n’avait jamais écouté ses travaux solo. Solo un peu faussé ici puisque le Norvégien était accompagné par Eivind Aarset à la guitare, et Audun Kleive aux percussions.
Leur set de divisera en trois parties. Dans un premier temps, de longues intonations moyen-orientales et on pense à des artistes jazz-world contemplatif de chez ECM. Puis quand les percussions font leur apparition, que le guitariste s’en mêle et diffuse quelques bruitages électroniques, on se rapproche de l’impro, tout en restant dans un style très doux, voire lascif. La deuxième partie débutera par une longue intro rythmique, Audun Kleive utilisant divers instruments en bois creux aux sonorités particulièrement rondes, chaleureuses. Trompette et guitare se lancent alors dans un joli duel, flirtant au dessus de la rythmique imperturbable, dont seul le tempo s’adapte aux moments de tension, ou profite d’une accalmie pour reprendre le dessus. Le meilleur moment du concert se produira quand Henriksen abandonnera sa trompette au profit du chant. Intonations émouvantes, alternance d’aigus et de graves avec une facilité déconcertante, tonalités et textures particulières de la voix sont autant d’éléments qui contribueront à la richesse de ce passage, avec une guitare offrant un limpide liant. Le dernier tiers du concert sera un peu une synthèse de tout cela. Intro très calme, voire même zen, abstractions liées à l’impro, apparition de la voix qui se mêle à un magma sonore lors d’une belle montée de tension, le tout parfaitement construit, progressif, pour finir avec la douceur de la trompette.
Un très beau concert, une belle découverte que l’on approfondira certainement sur disque.

Si le duo Alva Noto / Ryuichi Sakamoto était la principale raison de notre déplacement, on se demande si ce n’était pas uniquement pour voir Alva Noto étant donné que leur premier essai intitulé Vriion nous avait plutôt déçu. Cela dit ce concert à la Cigale était également pour nous un moyen de voir ce projet sur scène, et de découvrir leur nouvel album.
Le dispositif scénique valait déjà le déplacement : d’un côté le piano à queue, imposant par sa taille et son côté académique. De l’autre, une sorte de tableau de bord futuriste, métallique et clinique, abritant les machines de l’Allemand. Rencontre de deux générations et de deux cultures, ou retour aux sources pour Ryuichi Sakamoto, ancien membre du Yellow Magic Orchestra.
Malheureusement, on peine à rentrer dans ce concert qui souffre du même écueil que Vriion : on a trop souvent l’impression que les deux hommes font chacun leur musique de leur côté et la rencontre tant attendue, promise même, n’a pas lieu. Sur un premier titre, des sifflements électroniques font leur apparition sur un piano grave aux notes retenues. On a d’une part un très beau morceau ambient, et de l’autre une pièce de classique contemporain. La fusion aurait pu fonctionner grâce au dispositif visuel : en fond de scène, sur un ruban-écran, se génèrent des visuels qui réagissent aux sonorités produites, mais parfois cette interaction son-musique ne se fait qu’avec le piano, ou qu’avec l’électronique. Enfin, Carsten Nicolai donne l’impression de faire preuve d’un trop grand respect vis à vis du Japonais, et reste trop effacé sur un début de concert apparenté à un solo de piano contemplatif ennuyeux.
Après trois ou quatre morceaux, la machine semble s’inverser. D’une part les mélodie de Sakamoto se font plus "humaines", plus sensibles, et Alva Noto se fait à la fois plus dur, plus cassant, ses rythmiques plus fracturées. On y gagne alors en émotion et en force avec des morceaux plus contrastés, ou plus tendus, à l’image de ce dernier morceau, véritable déferlement de piano et textures électroniques se terminant cut-up.
Le public en redemande et sera bien servi, avec deux rappels pour un peu moins d’1h30 de concert. Une prestation plutôt fidèle à nos attentes donc, mais qui ne nous empêchera pas de repartir avec Insen qui après écoute, se révèle nettement plus réussi que leur premier album et permet de retrouver le meilleur de leur concert.

Fabrice ALLARD
le 12/11/2005

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