Festival Premiers Plans d’Angers 2021 - Courts-métrages français

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du 25/01/2021 au 31/01/2021

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Les salles de cinéma étant toujours fermées, les festivals hivernaux, comme leurs homologues automnaux, se tournent vers internet. En ce mois de janvier, les manifestations de Gérardmer et d’Angers ont ainsi diffusé plusieurs films en ligne : toute la compétition (moyennant paiement) et quelques films en libre accès pour la première, une sélection gratuite de courts-métrages et de longs-métrages pour la seconde. Ayant tenu au rituel de la séance à heure fixe, le festival Premiers Plans a opté pour la plateforme « La 25e heure », amenant les spectateurs à se connecter tous en même temps, pour chaque film, recréant virtuellement l’impression de partage, d’autant plus qu’un mot de l’équipe du festival introduisait chaque séance. Pour notre part, nous nous sommes concentrés sur les courts-métrages français, catégorie des Premiers Plans souvent très riche et qui, cette année, a su aller au-delà de ses sujets habituels, regardant, notamment, vers une tranche d’âge plus élevée que les habituels vingtenaires.

Ainsi, Bianca et ses amis sont plutôt dans la trentaine, dans le Paris pré-coronavirus (on se situe en janvier 2020). Un peu perdue, la jeune femme, ne sachant pas trop quoi faire de sa vie, questionne ses proches sur leurs quotidiens avant d’aller poser des mini-caméras à leurs domiciles et de les observer. Sous ses airs de conte un peu décalé, Les Mauvaises Habitudes, porté par la très sensible et discrète Lucie Epicureo, se fait l’écho de plusieurs préoccupations très contemporaines : multiplicité des écrans, de la vidéosurveillance et du voyeurisme généralisé ; moyens d’occuper sa solitude (même sans confinement, ni couvre-feu) ; confiance mises dans ses amis ; magnification des existences ordinaires ; et, évidemment, bien qu’involontairement, dimension méta pour le spectateur de « cinéma », installé devant son écran regardant une héroïne regardant ses amis sur son propre écran. Au risque de divulgâcher et de laisser penser qu’il ne se passe pas grand-chose dans le moyen-métrage de Laura Tuillier et Hugues Perrot, on appréciera que les réalisateurs nous évitent les scènes suivantes : découverte du pot-aux-roses par les amis, excuses de Bianca, voire retournement de situation (la filmeuse qui serait, par exemple, filmée à son tour).

Également long d’une quarantaine de minutes, Palma fait, ces mois-ci, le tour des festivals renommés (FIFIB de Bordeaux, Entrevues de Belfort, Premiers Plans d’Angers et Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand). Pour faire plaisir à sa fille de six ans et passer du temps avec elle, Jeanne, récemment séparée, l’emmène à Majorque un week-end. Entre manque d’amour réciproque, difficultés à s’en sortir (financièrement, avec sa fille, avec la langue espagnole), Jeanne se voit joliment portraitisée par un regard quasi-affectueux de la caméra. Présente à la fois devant et derrière l’objectif, Alexe Poukine rend ainsi particulièrement attachante aussi bien la petite fille (jouée par la formidable Lua Michel, lauréate du Prix d’interprétation) que la mère, préoccupée par l’album photo qu’il faut faire avec Kiki, peluche-mascotte de la classe. Des errances (diurnes ou nocturnes) dépeignent, en parallèle, une île apparemment paradisiaque mais, en réalité, percluse d’immeubles décatis et de plages constellées de déchets.

Autre mère solitaire et dépassée, celle d’À la Mer Poussière (joli titre, au demeurant) se trouve débordée par ses deux pré-ados qui se disputent sans cesse. Réalisé par Héloïse Ferlay avec des personnages en laine, le court-métrage se situe à mi-chemin entre animation traditionnelle et stop-motion, dans un geste toutefois trop conforme à ce type de travail, et trop semblable à ce qu’on peut voir chaque année dans la section « Plans animés européens ».

Pour terminer, deux courts-métrages d’une vingtaine de minutes chacun entrèrent fortement en résonance avec des sujets sociétaux très actuels. Centré sur son personnage-titre (lauréat du Prix d’interprétation), Dustin débute dans un hangar dans lequel la techno enveloppe danseurs et teufeurs. Parmi eux, la jeune transgenre et ses amis évoluent, sous la caméra de Naïla Guiguet, avant de se faire sortir et de finir dans l’appartement de l’un d’eux. Si le film (récipiendaire d’une Mention spéciale des jeunes cinéphiles et du Prix des bibliothécaires) se trouve parfois à deux doigts de la complaisance (lignes de coke, bouteilles de bière, ecstasy), il se fait touchant quand il s’arrête sur les yeux tristes de Dustin, en recherche de tendresse dans les bras et la bouche des garçons, ou rassérénée quand le vieil épicier du quartier lui donne du « Au revoir, Mademoiselle ».

À partir d’une expérience personnelle (sa première fois, sur la plage, le soir de ses 18 ans), Camille Kunegel s’arrête, dans Le Tampon, sur le sujet du consentement : le silence vaut-il accord ou non ? la femme qui laisse penser qu’elle est « prête à » doit-elle avoir honte après ? et toutes les autres questions nées avec #metoo. Le film alterne alors échanges avec ses colocataires et sa mère, filmées face caméra, et de plans sur une plage, un feu de camp ou des dunes battues par les vents. Illustratifs et symbolistes, ces plans installent un contrepoint avec le propos assez cru (sur les règles, l’utilisation du tampon, etc…) mais qui traduit la nécessité de poser les bons mots (« viol », « refus ») sur les situations. Si le sentiment du spectateur d’être un peu mis dans une position voyeuriste n’est pas totalement écarté (quand les colocataires et la mère de la cinéaste témoignent et que leurs voix se brisent), Le Tampon et les enjeux qu’il soulève s’avèrent diablement nécessaires.

Date de sortie :
- Dustin : 20 octobre 2021

François Bousquet
le 08/02/2021

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