Les Yeux Fermés : Tomoko Sauvage / Winter Family / Low Jack

 date du concert

13/06/2021

 salle

Gaîté Lyrique,
Paris

 tags

Gaîté Lyrique / Low Jack / Tomoko Sauvage / Winter Family

 liens

Tomoko Sauvage
Winter Family
Gaîté Lyrique

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Prévue en février, la manifestation « Les Yeux Fermés » fut repoussée à la mi-juin, dans une grande salle de la Gaîté Lyrique à la capacité ramenée à 100 personnes. Allongées sur des gros coussins et autres modules en mousse, celles-ci étaient invitées à trois soirées consécutives, de trois concerts chacune, dans lesquelles l’espace était plongé dans le noir, dispositif plus à même d’assurer une écoute optimisée. Assurer le noir dans une salle de concert s’avère toutefois une aporie : diodes bleues et rouges des éléments techniques dans les cintres et des machines des musiciens, loupiotes blanches pour que ces derniers et le régisseur voient ce qu’ils font et, surtout, blocs de secours lumineux verts postés en périphérie de la pièce. Bref, pour avoir le noir complet, il fallait mieux conserver… les yeux fermés.

Présents uniquement pour la soirée de clôture (nous avions passé notre tour pour I:Cube, Jonathan Fitoussi, Joseph Schiano Di Lombo, Félicia Atkinson, Voiski et Tryphème, les deux soirs précédents), nous nous rendions à la Gaîté Lyrique retrouver des têtes connues mais, pour reprendre le rythme des concerts, c’est parfois peut-être mieux. Précisément, après plusieurs prestations dans lesquelles elle allait vers d’autres formes, Tomoko Sauvage proposa un retour à ses fondamentaux : cinq bols en porcelaine, des verres en plastique suspendus à des pieds de micros et pourvus de mèches pour faire des goutte à goutte, eau versée au début de son set et jeu avec la main dans ses bols. L’ensemble produisit des harmoniques très cristallines, auxquelles la jeune femme ajouta nappes, légères saturations ou petits larsens.

Assise en tailleur et pieds nus, la Japonaise réalisa un concert un rien trop homogène et répétitif, une fois son dispositif mis en place. Au surplus, et même si on arrivait à percevoir ses gestes (en raison de la non-obscurité décrite plus haut), l’un des principaux attraits de ses prestations réside dans leur aspect visuel, dans la précision de ses mouvements ou les éventuelles hésitations, au moment de passer d’un bol à l’autre. Néanmoins, et malgré ces petites réserves, le tout se montra toujours aussi bien exécuté et parfait pour débuter la soirée.

Le matériel de Tomoko Sauvage enlevé (tout était posé sur un praticable à roulettes), batterie, orgue et harmonium purent être installés pour le set de Winter Family. Depuis quinze ans qu’il est chroniqué ici, le duo y est encensé, aussi bien pour ses concerts (c’est le dixième dont ces pages rendent compte) que ses disques, et c’est avec toujours autant d’entrain qu’on revient le voir, même, comme cette fois-ci, en dehors de toute actualité discographique. Et, une nouvelle fois, nous ne fûmes nullement déçus car les musiciens nous livrèrent possiblement l’une de leurs meilleures prestations, compacte et resserrée (quarante-cinq minutes, pas davantage), marquée par la présence continue d’un tapis sonore (enfants qui crient ou parlent, avions qui passent, sirènes qui retentissent), chargé d’assurer les liaisons entre morceaux et permettant au public de ne pas avoir à applaudir entre chaque titre, mais aussi de plonger les spectateurs dans leur atmosphère et leur univers.

Debout derrière sa batterie, Ruth Rosenthal s’adonnait à son habituel spoken word très rapide, ou bien à ses interventions chantées, alternant anglais, hébreu et français (voire, parfois, les trois sur le même morceau, comme dans Shooting Stars). Frappant sa batterie de manière assez active, elle pouvait aussi se faire plus délicate quand elle saisissait cymbalettes ou clochettes. De son côté, Xavier Klaine passait de l’orgue à l’harmonium, pour des accords magnifiquement enveloppants, vibrants et ondoyants, impeccables soutiens des paroles prenantes de son épouse.

Pour réussir un concert, il faut de bonnes conditions d’écoute (nous les avons évoquées), des musiciens investis et une setlist pertinente. Winter Family n’eut aucun mal à cocher cette troisième case avec des enchaînements comme Cortleyou Rd. (We Shall Overcome) / Omaha (aux roulements de caisse claire du premier répondirent les rafales de mitraillettes imitées par Ruth Rosenthal ou les explosions de bombes enregistrées du second, explosions qui furent ressentis physiquement dans le corps des spectateurs allongés au sol) ou la présence de No World et Shooting Stars, autres pépites de leur répertoire.

En clôture de cette soirée dominicale, et de ce mini-festival, Low Jack prit place, derrière son laptop, pour un set dont la première moitié nous parut assez insipide (électronique plutôt basique), avant de prendre davantage de force ensuite, à la faveur de l’intégration de lignes mélodiques plus claires et plus franches. Furent aussi convoquées quelques accointances dub et des infra-basses qui firent, à leur tour, trembler le sol de la salle, et le public étendu par voie de conséquence. Cela permit de quitter ce concert, et la Gaîté Lyrique, sur une note plus convenable.

François Bousquet
le 16/06/2021

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