Un Poyo Rojo

 chorégraphe

Luciano Rosso

 date

du 18/06/2021 au 03/07/2021

 salle

Théâtre du Rond-Point,
Paris

 appréciation
 tags

Luciano Rosso / Théâtre du Rond-Point

 liens

Théâtre du Rond-Point

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Hasard du calendrier : deux jours après avoir vu une pièce relative à la condition féminine (Tiens Ta Garde), nous assistons à une proposition dédiée au corps masculin. Créée il y a une douzaine d’années à Buenos Aires et tournant en France depuis cinq ans, Un Poyo Rojo met aux prises deux intervenants, dans un grand espace tout juste affublé de trois casiers métalliques et d’un banc de bois, façon vestiaire de foot ou de salle de sport. Tour à tour, les deux se jaugent, se draguent, se défient, s’imitent ou se moquent l’un de l’autre, évoluant chacun son tour sur le plateau, dans un geste très physique (le spectacle est, d’ailleurs, légendé « Teatro Físico »).

Pour arpenter la scène, ils empruntent à plusieurs registres : gestes saccadés et bras à angles droits de la danse contemporaine, démarche chaloupée et bras arqués à la manière des battles gangsta, port altier des défilés de mode, pointes des danseurs classiques, cabrioles proches du cinéma burlesque, etc… Provoquant couramment les rires du public, ces mimiques finissent par rapprocher les deux corps qui, de l’affrontement, passent à l’enlacement, pour revenir ensuite à une forme de lutte. Si ce type de mécanisme, entre deux personnes masculines, dans une performance sans parole, a déjà pu donner d’autres spectacles qui, eux aussi, réfléchissaient sur une virilité attendue par la société, Un Poyo Rojo se singularise par l’engagement de Luciano Rosso (créateur et interprète) et d’Alfonso Barón. Leurs corps souples, élastiques, presque plastiques dans leurs déformations (même si on peut trouver qu’ils abusent un peu trop du zoomorphisme et de l’imitation animalière), impressionnent un public avec lequel ils jouent volontiers, en se mettant, par exemple, de profil pour que le hochement de tête d’avant en arrière, ou bien les mouvements de clavicule vers l’arrière, se distinguent aisément.

Au milieu d’un spectacle au sous-texte homo-érotique assez évident, mais plutôt tourné en dérision, et avant un changement de tenue, les deux hommes allument une radio et naviguent, en direct, de station en station. Simulant les reportages, chantant en karaoké sur les tubes des fréquences « gold », prenant des postures extatiques au contact de la musique classique, Rosso et Barón traduisent, dans leurs gestuelles, la palette de ce qu’on peut trouver sur la bande FM. Forcément différente à chaque représentation, cette séquence vient introduire une dose d’improvisation dans un ensemble plus écrit par ailleurs.

François Bousquet
le 23/06/2021

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