Semaine de la Critique 2021 - Reprise de la sélection

 réalisateur

Samuel Theis

 date

du 26/07/2021 au 01/08/2021

 salle

Cinémathèque Française,
Paris

 tags

Cinémathèque Française / Samuel Theis

 liens

Cinémathèque Française

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À l’instar de la sélection officielle cannoise, la Semaine de la Critique avait fait le choix, pour 2020, de labelliser une demi-douzaine de films (dont le très remarqué La Nuée de Justin Philippot). Pour 2021, retour à une formule plus traditionnelle, avec une compétition de sept longs-métrages, six autres en séances spéciales (ou assimilé) et plusieurs courts-métrages. Cette soixantième édition était également la dernière de Charles Tesson, en qualité de délégué général, après une décennie tout à fait pertinente (citons quelques-uns des films retenus par cette section parallèle sous son mandat : Suzanne, It Follows, Victoria, Petit Paysan, Nos Batailles, Shéhérazade, Un Jour si Blanc, J’ai Perdu mon Corps, Séjour dans les Monts Funchun et, on en a beaucoup parlé ces derniers jours, Grave, premier film de Julia Ducournau). Ayant toujours suivi avec intérêt cette programmation, nous n’avions pu, les années précédentes, nous rendre à la reprise parisienne que propose la Cinémathèque Française, pour cause de concomitance avec la reprise de la Quinzaine des Réalisateurs au Forum des Images. Cette dernière étant repoussée à la fin août (en raison de travaux au Forum des Images), la place était libre pour aller découvrir quatre films retenus par la Semaine de la Critique. Dévolue aux premier et second films, elle fait également la part belle aux réalisations françaises : un seul long-métrage sur les sept en compétition, mais sept sur les treize si on comptabilise tous les formats longs. Tous nationaux, les quatre films vus lors de cette reprise se situèrent dans des tonalités familières de notre cinéma : rencontre amoureuse, naturalisme social, marivaudage, comédie romantique et film d’apprentissage (voire plusieurs de ses registres à la fois).

Co-réalisateur de Party Girl (film ayant connu son petit succès en 2014, notamment à Cannes où il remporta la Caméra d’Or), Samuel Theis poursuit l’exploration de son propre territoire, revenant à Forbach (titre de son court-métrage), mais dans une veine moins documentarisée que Party Girl (qui, sur ce point, marquait quelques limites pointées à l’époque par ces pages). Avec Petite Nature, on suit Johnny, dix ans, cadet d’une famille de trois enfants dont la mère célibataire passe de bras en bras et d’appartement en appartement. Grandissant trop vite dans ce contexte, chargé de s’occuper de sa petite sœur comme des courses, Johnny trouve, dans son enseignant de CM2, une figure rassurante et qui lui donne confiance. Au contact de ce professeur des écoles, des horizons multiples s’ouvrent au jeune garçon : chemins de la connaissance, stabilité familiale, affirmation de soi. Avec un beau et tendre regard, le film dépeint l’ouverture progressive du héros, sans nier les difficultés que cela peut engendrer lorsque Johnny retourne au contact de sa mère. Encore marqués par Élémentaire, vu au Théâtre de la Tempête il y a un mois, nous retrouvons ici la figure du professeur des écoles ayant foi en la méritocratie républicaine (interprété très justement par Antoine Reinartz), avec toute la candeur que cela peut charrier, mais toute sa sincérité aussi.

Pareillement lié à la propre biographie de sa réalisatrice (Franco-Tunisienne, venue à la Sorbonne pour étudier la littérature française), Une Histoire d’Amour et de Désir fait se rencontrer, sur les bancs de cette université, Farah et Ahmed. Tandis que la première arrive de Tunis, ouverte sur le monde et les rencontres, le second habite dans une cité de Seine-Saint-Denis et reste très marqué par son environnement. Avec la découverte des mots, des possibilités de la littérature arabe et de la sensualité qui s’en dégage, Ahmed se trouve partagé entre son désir pour Farah et le poids de son entourage (les gars de la cité qui le traitent de « Parisien », les différents interdits autour de l’alcool ou du corps féminin). Comme avec Johnny dans Petite Nature, le film retrace l’éclosion d’un héros, mais dans une veine à la fois plus épicurienne et plus tourmentée. Au reste, c’est ici que réside la grande qualité du film de Leyla Bouzid : parvenir à tenir le fil d’une histoire très classique, en s’appuyant, d’une part, sur la force de la poésie et, d’autre part, sur les interactions humaines et les moyens de sortir du déterminisme (aussi bien dans le rôle assigné aux jeunes des cités qu’aux hommes, en général). Poursuivant l’analogie avec le long-métrage de Samuel Theis, on peut aussi relever le rôle de l’enseignante universitaire, poussant, comme le fait le maître d’école avec Johnny, Ahmed à ne plus douter de lui et à explorer ses racines en même temps que la culture du pays d’origine de ses parents.

Nouvelle variation sur le thème du trio amoureux, Les Amours d’Anaïs fait partie de ces films attachés à une jeune trentenaire libre, sans beaucoup de moyens mais avec des rêves et des idéaux pleins la tête. Courant tout le temps, poussant son vélo ou grimpant les escaliers quatre à quatre, l’héroïne ne tient pas en place et, sentimentalement, c’est un peu la même chose. Largement tenue par Anaïs Demoustier (qui donne même son nom au film), la réalisation de Charline Bourgeois-Tacquet (qui avait, précédemment, livré un court-métrage déjà porté par la même actrice, et déjà sur les relations amoureuses) souffre néanmoins de venir après d’autres, dont certaines également avec Anaïs Demoustier (on pense ainsi à À Trois On Y Va de Jérôme Bonnell). Le caractère pétillant de sa composition, mâtinée d’une certaine gravité par moments, permet cependant d’emporter l’adhésion, bien que les intentions de la réalisatrice soient un peu trop affichées.

Également présente dans la quasi-totalité des plans, Adèle Exarchopoulos incarne une hôtesse de l’air d’une compagnie low-cost dans Rien à Foutre. Basée à Lanzarote et vissée à son téléphone portable, sa vie est une suite de vols en Europe, de soirées en boîte de nuit et de brèves rencontres faites grâce son appli. Ne touchant pas vraiment terre (dans tous les sens du terme), Cassandre ne se rend que partiellement compte de ses conditions de travail (montrées par le film dans une posture presque documentaire, ce qui en constitue son meilleur versant), rêve de rejoindre une compagnie émiratie et de vivre à Dubaï. Cette forme de fuite en avant se trouve expliquée petit à petit par Julie Lecoustre & Emmanuel Marre, renvoyant, sans surprise, aux attaches familiales de la jeune femme qui les retrouve pour un dernier tiers moins convaincant.

Dates de sortie :
-  Une Histoire d’Amour et de Désir : 1er septembre 2021
-  Les Amours d’Anaïs : 15 septembre 2021
-  Rien à Foutre : 2 mars 2022
-  Petite Nature : 9 mars 2022

François Bousquet
le 03/08/2021

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