Henri Cartier-Bresson : Revoir Paris

 date

du 15/06/2021 au 31/10/2021

 salle

Musée Carnavalet,
Paris

 appréciation
 tags

Henri Cartier-Bresson / Musée Carnavalet

 liens

Musée Carnavalet

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Alors que l’exposition autour du Grand Jeu se tient en même temps à la Bibliothèque Nationale de France François-Mitterrand (lire notre recension lors de sa monstration au Palazzo Grassi), Henri Cartier-Bresson est à l’honneur quelques hectomètres plus au nord, au Musée Carnavalet fraîchement rouvert. Dévolue à l’histoire de Paris, cette institution a regroupé, en collaboration avec la Fondation Henri Cartier-Bresson, des clichés pris tout au long de sa carrière par celui qui n’est pas forcément aussi spontanément attaché à la capitale française que d’autres photographes, mais qui en a suivi les principales évolutions.

Chronologique, le parcours se veut aussi un peu thématique, attaché successivement à des lieux, des quidams, la Libération, des personnes célèbres, d’autres moments historiques (mai 68, des manifestations des années 70) et des transformations urbaines. Le regard de Cartier-Bresson, cette recherche de « l’instant décisif » lui permet donc de saisir ces petits riens banals, possiblement devenus sa signature et qui, ici, permettent de révéler aussi bien les lieux que les gens qui les traversent (le célèbre Derrière la Gare Saint-Lazare, avec cet homme sautant au-dessus d’une flaque d’eau dans laquelle son reflet apparaît). À cet égard, on regrettera que les commissaires de l’exposition aient fait le choix de tirer un peu trop l’exposition vers les lieux, trahissant parfois presque la volonté du photographe en renommant plusieurs clichés (pourquoi rebaptiser Mr Grévin en Avenue du Maine alors que ce personnage au chapon melon, immobile à une terrasse de café, tient davantage du musée de cire que de l’ambiance montparnassienne ? pourquoi dénier une existence nommée à Marcelle, dans Marcelle et siphons, pour désigner la photographie Place Pigalle que rien n’identifie ? etc...)

Brasserie Lipp, Saint-Germain-des-Prés
(courtesy Musée Carnavalet)

Parmi les personnes saisies (et outre les artistes dont Henri Cartier-Bresson a réalisé des portraits sur commande et qu’on trouvait déjà dans Le Grand Jeu : Beckett, Camus, Sartre), on trouve un motif récurrent : le bourgeois confronté au monde réel. Ainsi cet homme bedonnant, à chapeau et costume, planté devant une palissade, en mai 68, sur laquelle il est écrit « jouissez sans entraves » Rue de Vaugirard) ; ainsi cette femme à une terrasse, lisant Le Figaro, et dévisageant une jeune délurée (elle lit Le Monde et porte une mini-jupe !) (Brasserie Lipp, Saint-Germain-des-Prés) ; ainsi ces deux femmes bien mises, au sac à main, assises au milieu de monceaux de cagettes en bois, au moment du démantèlement des Halles. Comme s’ils constataient des transformations urbaines et sociétales qui les dépassent, ces bourgeois sont autant des témoins de ces évolutions que peut l’être Cartier-Bresson quand il capture la démolition de la Gare Montparnasse, l’érection de La Défense ou l’apparition de constructions en banlieue.

Les séries historiques, et singulièrement celle sur la Libération, s’avèrent fort intéressantes, offrant des prises de vues des rues barricadées, des blessés, des FFI postés au Palais-Royal ou bien s’introduisant pendant l’interrogatoire de Sacha Guitry à la Mairie du VIIe arrondissement en août 1944. Présent au « moment décisif », Cartier-Bresson nous en restitue alors à la fois des angles très documentés (la marche gaullienne descendant les Champs-Élysées le 26 août 1944 et, vingt-quatre ans plus tard, la manifestation de soutien au Président en place, allant en sens inverse) et des séquences moins familières.

Toits de Paris, 1953
(courtesy Musée Carnavalet)

Plastiquement, au-delà du souci de la composition (plaisir de revoir Bougival, superbe ensemble familial, capturé à l’entrée d’une péniche), l’exposition permet d’apprécier le travail du Français sur la perspective. Foule dans un meeting politique Porte de Versailles, jardin du Palais-Royal, arbres du Boulevard Pasteur ou verrière de la Gare du Nord tracent ainsi des lignes de fuite vers le fond des photographies tandis que, de manière moins évidente, les piliers du métro aérien Boulevard de la Chapelle, les ilots d’immeubles haussmanniens (Toits de Paris) ou les lignes brisées des Quais de Seine offrent d’autres horizons pour le visiteur et invitent à un regard renouvelé.

François Bousquet
le 27/08/2021

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