Quinzaine des Réalisateurs 2021 - Reprise de la sélection

 date

du 26/08/2021 au 05/09/2021

 salle

Forum des Images,
Paris

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À la différence de la Sélection officielle cannoise et de la Semaine de la Critique (avec leurs labels « 2020 », apposés sur des films sortis en salle), la Quinzaine des Réalisateurs avait fait le choix d’une année blanche pour, mécaniquement, parvenir à une offre étendue pour 2021 (24 longs-métrages, contre 25 en 2019, et un maximum de 20 auparavant). Alors que rien ne l’y oblige dans son format, cette section parallèle fut marquée, cette année, par un nombre conséquent de premières réalisations (10 propositions sur les 24) et, géographiquement, un axe franco-italien assez appuyé (11 films pour ces deux pays réunis... en espérant que la personnalité de Paolo Moretti, délégué général de la Quinzaine, soit étrangère à ce constat). Comme pour sa première édition, Moretti fit le choix de la découverte, avec peu de noms vraiment repérés (hormis Emmanuel Carrère, Miguel Gomes, Jean-Gabriel Périot ou Clio Barnard), mais sa sélection paru moins retenir l’attention de la presse que la précédente, peut-être en raison du caractère pléthorique de la Sélection officielle 2021 (avec ses multiples sous-sections, type « Cannes Première » ou « Cinéma pour le climat ») qui fit possiblement de l’ombre aux sections parallèles historiques que sont la Semaine de la Critique et la Quinzaine.

Un peu par hasard, les quatre films vus lors de la reprise parisienne de la sélection étaient centrés sur des jeunes femmes, se cherchant un peu, à l’orée de l’âge adulte. Revenant à Beyrouth après deux ans à Paris, Jana retrouve son domicile familial et ses parents, surpris de son retour, aussi inopiné qu’inexpliqué. Sans jamais véritablement savoir pourquoi elle avait quitté le Liban, ni pourquoi elle y était revenue, le spectateur va suivre la jeune femme pendant les deux heures du film. Pour son premier long-métrage, Ely Dagher fait état de belles capacités plastiques (structuration du cadre, dialogue entre les espaces urbains délabrés, scènes de rêves dans lesquelles Jana évolue dans une étendue liquide lactée), tout en se montrant possiblement un peu trop avare en moyens permettant de s’attacher pleinement au parcours de l’héroïne. En outre, Face à la Mer (Albahr ’amamakum) souligne trop certains aspects, en écho à la psychologie du personnage principal : grands immeubles vides à l’image de l’intérieur de Jana, annonce d’une vague qui va déferler sur la capitale libanaise, plans récurrents sur la ville abîmée et ses constructions délabrées, etc… Demeure, pour autant, une forme de préscience de la situation d’un Beyrouth aussi endolori que ses habitants, et à l’atmosphère un peu fantomatique, alors que le film a été tourné en janvier-février 2020 (soit à la fois avant les confinements et avant l’explosion qui a ravagé le port).

À la solitude de Jana répond la complicité indéfectible d’Alma et Margot, héroïnes d’Entre les Vagues. Galérant de casting ratés en petits boulots, les deux copines naviguent entre le XVIIIe arrondissement parisien et la proche banlieue nord, leur sororité en étendard, rempart contre le monde et les déconvenues de la vie. Marqué par une énergie, un humour et beaucoup d’autres qualités, faisant naître d’autres émotions chez le spectateur, ce premier film d’Anaïs Volpé emballe et séduit, aussi bien par le jeu de ses deux actrices (Déborah Lukumuena et Souheila Yacoub) que par sa capacité à traduire plastiquement cette énergie communicative. Avec un montage serré, un grain de l’image au plus proche du réel (grâce à une caméra numérique simulant le rendu du 16mm), des cadrages rapprochés ou des plans de coupe sur New-York (la pièce de théâtre, centrale dans le film, s’y déroulant), la réalisatrice française (aidée par son chef opérateur, Sean Price Williams, connu pour avoir travaillé avec les frères Safdie) parvient à restranscrire l’urgence et la quête d’ailleurs (aussi bien géographique que professionnel) qui meuvent Alma et Margot.

De la même génération que ces deux-ci, Nika fait le voyage d’Ukraine en Corse pour rejoindre Vlad, son fiancé engagé dans la Légion Étrangère. Mon Légionnaire suit alors ce couple, en parallèle d’un autre plus installé, formé par un officier (Louis Garrel) et son épouse, avocate (Camille Cottin). Tandis que les hommes s’entraînent, travaillent l’esprit de corps et interviennent au Mali, les épouses essayent de combler cette absence par leurs occupations professionnelles ou des activités communes (cours d’oenologie, naissances du petit dernier, ateliers cuisine et autres occasions de réunir le « club des épouses »). Elle-même réserviste de l’armée, Rachel Lang pose un regard équilibré sur la Légion (on fut d’ailleurs surpris d’apprendre que celle-ci était hostile au projet, sa part critique n’étant qu’assez peu marquée), préférant s’attacher à ses personnages qu’à la dimension institutionnelle ou politique. Si la construction romanesque, de ce qui reste une fiction grand-public, s’avère probablement trop prévisible, on retiendra la juste peinture des sentiments contradictoires qui traversent les protagonistes.

Cherchant à entrer à la fac, les trois jeunes femmes de La Colline où rugissent les Lionnes (Luaneshat e kodrës) trompent l’ennui comme elles peuvent, dans l’intervalle : après-midis sur la colline du titre pour profiter du soleil, journées dans une maison abandonnée en lisière de leur petit village du Kosovo, éventuels rêves d’ailleurs, dégustations de glaces et drague gentillette. Trop attendu par certains aspects, aussi bien plastiques (ces plans de cheveux blonds dans lesquels se reflètent les rayons ardents) que narratifs (le personnage de l’émigrée venue de France pour les vacances, interprété par la réalisatrice elle-même, relais évident du spectateur pour découvrir le trio), ce premier long-métrage de Luàna Bajrami se fait plus convaincant dans sa seconde partie, quand les « lionnes » justifient davantage leur surnom et que le film sort du village. Proposition la plus faible des quatre vues pendant cette reprise, La Colline où rugissent les Lionnes montre néanmoins une bonne cohérence, un peu fortuite, avec les trois autres, grâce à la vigueur de ses héroïnes, jeunes femmes libres et asservies de toute emprise.

Autre reprise de la Quinzaine des Réalisateurs :
- septembre-octobre 2021 : dans des salles de cinéma adhérentes au Groupement National des Cinémas de Recherche

Dates de sortie :
- Mon Légionnaire : 6 octobre 2021
- Entre les Vagues : 16 mars 2022
- Face à la Mer : 13 avril 2022
- La Colline où rugissent les Lionnes : 4 mai 2022

François Bousquet
le 17/09/2021

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