Jazz à la Villette 2021 : Rouge / Gauthier Toux & Nils Petter Molvær

 date du concert

09/09/2021

 salle

Cité de la Musique,
Paris

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De retour à Jazz à la Villette après avoir passé notre tour pour l’édition 2020, nous y étions attirés par la présence de Nils Petter Molvær (invité par Gauthier Toux au sein de son projet For A Word) et intéressés par Rouge, trio programmé dans plusieurs festivals récents, à l’occasion de la publication de leur premier album. Chargés d’ouvrir la soirée, tout juste après 20h, les Français se présentaient sous le format traditionnel du trio jazz (un piano côté jardin, une contrebasse au centre et une batterie, enfin) mais offrirent une cinquantaine de minutes assez variée, alternant les registres divers.

Rouge

C’est ainsi que Rouge passa d’un jazz un peu fiévreux à des propos syncopés (marqués par des ostinati très rythmés à la main gauche, puis des titres plus singuliers, dans lesquels Madeleine Cazenave jouait du piano préparé (bandelettes collées sur certaines cordes, cordes pincées plutôt qu’appuis sur les notes pour y faire percuter les marteaux). De son côté, la contrebasse de Sylvain Didou était principalement manipulée en pizzicati mais aussi, plus rarement, à l’archet pour, là aussi, faire évoluer les propositions. Soutenu par des lumières soignées (des tons bleutés, orangés ou blancs), le trio se trouvait souvent en contre-jour, découpant les musiciens en ombres chinoises, ou bien les accompagnant, sur le mur du fond, de vibrations façons reflets mouvants, comme d’habiles relais de leurs propres vibrations musicales.

Servi par un mix mettant le piano très en avant, le concert se faisait peut-être un peu déficitaire en thèmes ou mesures mélodiques du clavier, séquences qu’on pourrait identifier voire fredonner. À la place, Madeleine Cazenave voyait son instrument affublé d’un bon travail sur la réverbération, et pouvait aussi en tirer des sons plus mats, contrepoints des frappes de Boris Louvet à la batterie. Tous les trois affublés de larges épaulettes serties de plumes et paillettes, les Français démontrèrent que ce format du trio sait encore se renouveler.

Gauthier Toux & Nils Petter Molvær

Une fois remisés leurs instruments, ce fut au tour de For A Word (à la fois intitulé de l’album et nom du projet) de s’installer, Nils Petter Molvær étant assis sur un tabouret haut, à l’extrémité du plateau. Installé derrière son piano électrique, Gauthier Toux dirigeait son quartet et était censé offrir des espaces à son illustre invité. « Censé » car, assez rapidement, on se demanda ce que le Norvégien était venu faire dans cette galère jazz-rock démonstratif : doigts qui courent ostensiblement sur le clavier, batterie déchaînée de Valentin Lietchi, basse électrique saturée de Julien Herné et chanteuse à port de voix et timbre qui se brise dans les aigus (Léa-Maria Fries). Stoïque, Nils Petter Molvær tapotait sur son laptop pour envoyer quelques effets et produisait quelques notes noyées dans le reste (le groupe lui offrant, royalement, les transitions et introductions, trois mesures en soutien du chant ou des vocalises, ou un solo). Dans un contexte où, pour corser le tout, l’éclairage était à l’avenant (stroboscopes, nombreux spots de couleurs, rampes verticales tournés vers le public), rien de ce que le trompettiste put faire n’extrayait le quartet de son registre un peu gras.

François Bousquet
le 16/09/2021