Artefact Festival 2006 : Andrew Pekler / Jan Jelinek + band / Pole

 date du concert

15/02/2006

 salle

Stuk,
Louvain

 tags

Andrew Pekler / Artefact Festival 2006 / Jan Jelinek / Pole / Stuk

 liens

Pole
Andrew Pekler
Artefact Festival 2006
Stuk

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Avec le mois de février revient, dans l’excellent centre culturel louvaniste, le festival Artefact dédié à l’image numérique et aux médias innovants. Outre des installations, expos, conférences et spectacles vivants, le programme musical est comme d’habitude d’un fort bon niveau : après Maryanne Amacher, Michael J. Schumacher, Chris Watson et Olivia Block et avant le vénérable Apparat, c’est ce soir au tour de l’écurie berlinoise  Scape d’occuper la Labozaal.

A peine y a-t-on pénétré qu’Andrew Pekler s’installe derrière son laptop et nous invite à explorer son univers personnel. Nous n’avions pas été convaincu par son premier album "Station to Station", trop sage et lisse à notre goût ; mais l’homme a fait du chemin depuis, comme en témoigne son percutant dernier opus Strings + Feedback sorti chez Staubgold. Les volutes et cascades qu’il extrait de sa machine sont passablement ébouriffantes, faites de climats inquiétants, de nappes profondes et d’éléments fracturés.
Cela commence dans une tonalité aiguë avec les tintinabulements d’une sorte de symphonie pour carillons électroniques, puis petit à petit le propos se densifie, devient plus envoûtant, les craquements soignés prenant le pas. A cela s’ajoute une naïve complainte semblant faite pour désarçonner l’auditeur ; sonorités recherchées et effets réguliers donneront leur coloration à un set très réussi, surtout dans sa deuxième moitié. Andrew Pekler agence de façon habile et glaçante des éléments qui, en eux-mêmes, sont familiers aux habitués de Scape.

C’est ensuite au tour de Jan Jelinek, chemise blanche et petites lunettes, de prendre place derrière son propre laptop, pour une prestation toute différente et franchement emballante. Déjà auteur de 4 albums sur la structure berlinoise, sa marque de fabrique consiste en un mélange de textures électroniques et d’éléments organiques empruntés au (free) jazz ou au funk, ce qui rappelle la filiation pouvant exister de ce point de vue entre Scape et Mo’Wax par exemple. En live, Jelinek est accompagné d’un guitariste et d’un batteur, lequel, par la précision de son jeu à la fois puissant et délicat, rappelle les prestations de Radian.
La présence de cet instrument fait que tout le set est charpenté par cette batterie originale, mi-classique mi-électronique, frappée avec conviction et sur laquelle se greffent les notes de guitare clairsemées et fortes de son comparse. Mais le véritable point fort de la formation vient de la combinaison entre cette dimension organique et les climats évolutifs et prenants distillés par le laptop de Jelinek. Lorgnant par moments vers le drone, revêtant lors d’autres passages une coloration hypnotisante, ces longues pièces électro-dub-jazz puissantes et dodelinantes s’inscrivent dans le sillage initié par leurs émérites compatriotes Mouse on Mars. On craignait de s’ennuyer un peu et ce n’est pas du tout le cas ; dans un autre style, voici un set encore plus réussi que le précédent.

Le guitariste de Jan Jelinek ayant regretté que la majorité du public, raisonnablement nombreux, reste assis, un message au micro nous invite à nous lever pour honorer l’arrivée de la star de la soirée, tête pensante du label, Stefan Betke aka Pole. Encore une évolution de style puisque nous naviguons ici dans une rondeur rythmée et chaloupée, les morceaux - laptop et effets - étant en général orientés autour d’un pattern central fort, décliné en variations efficaces et évolutives.
Les travaux de Pole prennent en live une dimension plus percutante que sur ses albums en rien monotones : basse électronique, pickings de guitare, coups de cymbales émaillent le propos de ce chantre du dub électronique (avec Deadbeat, signé sur son label également). On navigue entre consistance rythmique roborative et petits sons affriolants, parfois montés en boucles lancinantes et réverbérées, presque trance par moments. Energique et délicat à la fois, ce set conclut en toute beauté une soirée diversifiée et d’excellent niveau.

Gilles Genicot
le 19/02/2006

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