Festival FatCat 2006 : Radian / Max Richter / AMM / Vibracathedral Orchestra

 date du concert

11/02/2006

 salle

België,
Hasselt

 tags

AMM / Antenna Farm / België / Com.A / Festival FatCat 2006 / Kemialliset Ytävät / Max Richter / Múm / Our Brother The Native / Radian / Tomutonttu / Tujiko Noriko / Vibracathedral Orchestra

 liens

Múm
Radian
Vibracathedral Orchestra
Max Richter
Kemialliset Ytävät
Our Brother The Native
Tomutonttu

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Nous voici donc de retour au Belgie pour cette deuxième soirée du Festival FatCat. Une soirée qui s’annonce plutôt bien, avec quelques grands noms, comme Max Richter que l’on peut enfin voir en live, Radian dont on ne se lasse toujours pas, et Vibracathedral Orchestra que l’on découvre à cette occasion.
C’était aussi la soirée des rencontres inédites, puisque l’on pouvait voir Vibracathedral Orchestra avec Antenna Farm et Tujiko Noriko, les Yellow Swans avec Food for Animals et Com.A, ou encore Múm avec Kemialliset Ystävät. Par contre en fin de soirée les concerts se chevauchaient, obligeant le public à faire des choix.

Même heure et même salle qu’Antenna Farm la veille, pour les américains de Our Brother the Native. Ces deux points communs tout à fait anecdotiques ne seront en fait pas les seuls. On ne peut s’empêcher de comparer les deux groupes dans leur démarche, dans la variété de leur musique, ici entre douces mélodies de guitare, chant gentiment déjanté, et séquences bruitistes. Le mélange peut surprendre, mais tout est amené subtilement, les bruits étant d’abord là pour ponctuer un morceau calme, puis ils prennent de l’ampleur et clôturent un titre de manière plus expérimentale, à base d’improvisation bruitiste, ronronnement de machines, crissements numériques et roulements de tambour. Ce mélange de bruits et de mélodies répétitives façon post-rock épique provoquera quelques sensations nouvelles et donc fort bienvenues. Un groupe à suivre !!

On se précipite alors vers le Parquet Hall afin d’avoir une bonne place (assise) pour le concert de Max Richter. On ne va pas s’étendre sur cette prestation avec, comme on pouvait s’y attendre, un set extrêmement proche de l’album paru il y a maintenant deux ans. Sur scène, un violoncelliste, une violoniste, et Richter au piano, un laptop posé dessus, et à l’orgue. On y retrouve fidèlement sa musique néo-classique joliment teintée d’éléments électroniques tout droit sortis du laptop, roulements de basse ou fine rythmique, samples d’une machine à écrire ou mélodie de harpe.
Étrangement, se sont ses morceaux à l’orgue qui retiendront notre attention, d’apparence simples mais composés de multiples couches, superposition de boucle à la douceur enveloppante. Un set d’environ 45mn, tout simplement magnifique.

Et on enchaîne dans un autre registre, mais avec la même qualité, puisque c’est ensuite au tour de Radian dans le Cafe. Le groupe reste le même : Stefan Nemeth à gauche, derrière une pile de machine, produit des sonorités brutes à la manière de Pan Sonic. A droite, l’excentrique John Norman à la basse, donne le tempo. Au centre, Martin Brandlmayr à la batterie dont le jeu nous étonne toujours. Nous n’allons pas décrire ici la musique de Radian. Si besoin, on vous conseille de lire les articles connexes, chroniques de disques et précédents concerts. On restera ici au niveau de la comparaison avec leurs précédents concerts, de l’évolution du groupe. Le changement est assez net depuis le passage chez Thrill Jockey, avec de véritables "tubes", terriblement efficaces tout en restant musicalement parfaitement construits. Après deux albums sur le label américain et quelques tournées, le groupe est parfaitement rodé, et malgré leur apparente rigueur, on devine que le groupe s’amuse, que chaque musicien est très sûr de lui, et le résultat est un concert parfaitement efficace, presque dansant, en tout cas jouissif. Probablement notre plus grand moment du festival.

Encore un changement de style radical, avec un groupe qui ne se produit également pas chez FatCat. Il s’agissait de AMM, groupe fondé il y a maintenant 40 ans, autour de Cornelius Cardew (piano), Eddie Prevost (percussions), Keith Rowe (guitare) et Lou Gare (saxophone). En 40 ans les choses ont changé. De cette formation initiale, il ne reste que Eddie Prevost. Au début des années 80, le pianiste John Tilbury (connu pour ses interprétations de John Cage et Morton Feldman) rejoint AMM, tandis que Keith Rowe quitte le groupe en 2004. Mais AMM est toujours là, aujourd’hui sous forme d’un duo piano/percussions.
Ils nous proposerons un set particulièrement calme et équilibré. Vingt ans de collaboration (entre Tilbury et Prevost) doivent aider les choses, on imagine que les musiciens se connaissent parfaitement et que chacun est en mesure de prévoir ce que son comparse va produire. Sur la même longueur d’onde, ils suivront ainsi la même évolution, provoqueront ensemble quelques montées de tension à base de notes de piano éparses et imprévisibles, et de grincements métalliques jamais agressifs. Un très beau set d’une musique ambient aride, que l’on hésitera à abandonner quelques minutes avant la fin afin de ne pas rater le début de la performance de Vibracathedral Orchestra.

Le combo anglais jouera au même niveau que le public, pas sur scène donc. Guitariste, trompettiste, batteur, violoniste, telle est la formation de base du groupe dont quelques membres passent d’un instrument à l’autre. A vrai dire, on sera un peu déçu par ce concert de rock progressif psychédélique. On aura un peu l’impression de revoir Kemialliset Ystävät dans une version plus rock, avec une batterie plus présente et des guitares plus incisives. Ça fleur bon l’improvisation, ça part un peu dans tous les sens, tous les musiciens sont dans leur trip, mais on aura un peu de mal à les suivre. Après une grosse demie heure, tous les instruments semblent se mettre en phase, produisant un long drone qui clôturera le concert.

On ne verra pas Com.A qui se produisait dans le Cafe. Enfin, on entendra juste quelques minutes de sa drum’n bass sauvage le temps d’aller prendre un verre, et nous reviendrons dans le Black Hall pour voir Vibracathedral orchestra avec Antenna Farm et Tujiko Noriko. Leur set durera une trentaine de minute et nous paraîtra plus intéressant que Vibracathedral Orchestra tout seul. Le psychédélisme du groupe se voyait ici complètement annihiler par les lancés de sonorités bruitistes d’Antenna Farm. Il en résultait une musique plus riche, plus contrastée, plus colorée. Étonnamment, le chant toujours gentillet de la Japonaise se mariait parfaitement à cette musique, et nous eûmes plus de plaisir à la retrouver ici plutôt qu’avec Aoki Takamasa.

La soirée se terminera avec une autre collaboration : Múm et Kemialliset Ystävät. Plutôt fan des Islandais et conquis par la prestation des Finlandais la veille, ce concert ne pouvait être qu’une bonne surprise. Ce fut même un peu plus que cela.
Ils débuteront avec une chanson pop façon ballade adolescente chantée à la lumière d’un feu de camp. La suite sera bien plus complexe, et plus enthousiasmante, proche de ce qu’aurait pu donner le concert précédent. Comme Antenna Farm venait perturber le psychédélisme de Vibracathedral Orchestra, Múm semblait apporter une rigueur relative à Kemialliset Ystävät. Relative parce que l’on était encore loin du côté propret des Islandais, ces derniers manipulant des samples, déformant un chant, apportant quelques bruitages électroniques. Un concert vraiment étonnant de par sa diversité, teinté de pop, d’electronica, parsemé d’incantations, très expérimental et extrêmement plaisant, a posteriori on se dira qu’il était dommage que ce ne soit qu’une collaboration, et non pas un véritable groupe. Il n’y aura peut-être pas de suite à celle-ci...
Excellente conclusion d’un festival riche, particulièrement diversifié, à l’organisation irréprochable.

Fabrice ALLARD
le 25/02/2006

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