Spire : C. Fennesz / P. Jeck / C. Matthews / X. Deprez / Ensemble Musiques Nouvelles

 date du concert

07/05/2006

 salle

Cathédrale St-Michel-et-Gudule,
Bruxelles

 tags

Cathédrale St-Michel-et-Gudule / Fennesz / Philip Jeck

 liens

Philip Jeck
Fennesz

 dans la même rubrique
17/02/2018
enzym & Jonathan Chauvin
(Médiathèque Musicale de Paris)
23/01/2018
Chicaloyoh
(Supersonic)
17/01/2018
Melmac
(Pop In)
14/11/2017
Thomas Tilly / BJ Nilsen
(Instants Chavirés)

En point d’orgue (sans vouloir faire de jeu de mots) des Nuits Botanique, un concert exceptionnel était prévu dans le cadre inhabituel de l’imposante cathédrale bruxelloise, sous l’égide conjointe du label Touch, du Botanique et de l’Ensemble Musiques Nouvelles de Jean-Paul Dessy. L’an dernier à la même époque, nous avions déjà pu apprécier la combinaison du quatuor à cordes dirigé par celui-ci avec les textures de Fennesz et Scanner. Ce concert-ci a une tonalité résolument plus classique et s’est avéré de très bonne facture, bien que centré sur l’orgue, au relatif détriment des cordes que nous affectionnons. L’acoustique et le confort d’écoute étaient évidemment au rendez-vous.

En ouverture comme en clôture, deux pièces pour orgue du 14e siècle extraits du Robertsbridge Codex, Estampie (I) et (II). Si la première nous sembla relativement anecdotique, la seconde, interprétée pour une fois à l’orgue de chambre et non à l’impressionnant grand orgue, clôtura la soirée d’une belle manière, légère et ouatée.
Dès le début, un moment très fort avec la pièce emblématique Fratres d’Arvo Pärt, dans une version sensiblement différente de celle du Kronos Quartet. Xavier Deprez, éminent organiste belge, rendait magnifiquement un son de soubassement lancinant, sur lequel l’Ensemble Musiques Nouvelles fit montre de tout son talent pour un résultat véritablement probant.
Le tempo s’accéléra ensuite avec le Concerto for Keyboard d’Hendryk Gorecki, interprété par les mêmes. Ca s’emballe, toutes voiles dehors, d’une façon prenante mais la composition ne séduit cependant pas complètement, manquant un peu de souffle et de liant.

Changement de style ensuite avec le set de Philip Jeck, vétéran du label Touch, que nous découvrions pour l’occasion. Tout comme Fennesz un peu plus tard, il intégrera des éléments d’orgue et de cordes dans les sonorités utilisées. Il faut dire que le concert de ce soir était conçu comme un spectacle global, à l’intersection des territoires de Touch et de Musiques Nouvelles. Philip Jeck nous a franchement impressionné par ses climats denses et profonds, dégagés de toute abstraction inutile, allant vers l’essentiel des sons qui progressent, vont et viennent, sans la moindre esbroufe. Un set trop court, mais qui donne clairement envie de se pencher sur les travaux du monsieur.

Après le In nomine lucis de Giacinto Scelsi - compositeur dont Jean-Paul Dessy a enregistré l’intégrale des oeuvres pour orchestre à cordes -, interprété au grand orgue par Charles Matthews mais dont nous avouons ne pas garder de souvenir marquant, c’est au tour de Fennesz de présenter une énième facette de son talent. Son set, agencé de manière progressive autour d’un thème d’orgue, convoquait les habituels éléments granuleux, les souffles sur lesquelles des notes plus claires, parfois lourdes, parfois vaporeuses, s’égrènent. Comme d’habitude, résultat très positif avec cette valeur sûre. La Toccata de Maurice Duruflé, par Charles Matthews, qui suivit était sans doute la pièce la plus superflue du programme, trop enjouée, trop vive, sans réel contenu.

Enfin, cette soirée fut l’occasion pour Jean-Paul Dessy de présenter en création mondiale sa pièce Drawn By Drone For Six Hands, Three Feet And One Pencil avec Xavier Deprez et Momoyo Kukubu. Après une intro faisant se dialoguer deux violons postés dans les nefs latérales, la tonalité de la pièce s’avéra effectivement dominée par un drone d’orgue puissant et soigné. Composition la plus abstraite du lot, pas complètement convaincante mais indubitablement riche et inspirée.

Au final, voilà une expérience bénéfique d’ouverture d’horizons musicaux que nous permirent de vivre, sous la bannière du projet Spire, Touch, le Botanique et Musiques Nouvelles.

Gilles Genicot
le 11/05/2006

À lire également

V/A
Electronic 01
(Mute)
24/02/1999
Christian Fennesz - (...)
(Évasion)
V/A
Branches and Routes
(Fat Cat)
27/03/2010
Présences Electronique
(Le 104)