Dérapages #1 : Sylvain Chauveau / Winter Family / Domo_Kun

 date du concert

28/05/2006

 salle

Café de la Danse,
Paris

 tags

Café de la Danse / Domo_Kun / Festival Dérapages 2006 / Sylvain Chauveau / Winter Family

 liens

Sylvain Chauveau
Winter Family
Domo_Kun
Café de la Danse

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Dernière soirée du festival Dérapages, et pas des moindres puisqu’aujourd’hui c’est Sylvain Chauveau et l’Ensemble Nocturne qui sont en tête d’affiche, présentant Down To The Bone, son album tribute à Depeche Mode. Du côté des découvertes, l’electronica de Domo_Kun et le duo franco-israélien Winter Family.

C’est justement Winter Family qui ouvre la soirée et que l’on découvrait complètement à cette occasion. Il s’agit donc d’un duo, formé par l’Israélienne Ruth Rosenthal, responsable des textes et de la voix, et du Français Xavier Klaine qui se produit au piano et harmoniums. Une formule complètement inattendue, pas follement originale mais certainement trop rare. Le piano est lent, lourd, l’ambiance est sombre, et Ruth Rosenthal nous raconte ses histoires empreintes d’une certaine gravité. Elle nous parle régulièrement d’oubli, de perte, qu’il s’agisse de mémoire ou de son propre corps qui se liquéfie. Même l’histoire d’une naissance, généralement moment heureux y est traité par sa face obscure, expliquant qu’avant de naître les êtres humains ont la connaissance de tout, et qu’ils l’oublient lors de la naissance. Ajoutons à cela Xavier recroquevillé sur son piano, le look pseudo gothique de Ruth, son immobilisme, sa rigueur, et on comprendra que Winter Family n’est pas là pour nous amuser.
Ils habitent véritablement leur univers, ne font qu’un avec leur musique, et ca fait plaisir à voir, même si derrière nous un membre du public trouvera ça très bien mais "parfois un peu glauque". Aux textes généralement en anglais se mêlent quelques passages en hébreux, ajoutant encore en gravité de par les sons propres à cette langue. Les morceaux s’enchaînent, se prolonge dans une lente montée jusqu’à une tension qui atteint son apogée, piano minimaliste, répétitif, appuyé, tandis que les mots se bousculent, se déversent en un flot sans fin, et des frissons nous parcourent l’échine.
Par la suite un batteur vient prêter main forte sur un titre, et Xavier passe à l’harmonium. On est alors moins fan, le résultat n’est généralement pas aussi fort, mais Winter Family reste une excellente découverte que l’on aura plaisir à voir et revoir.

Bizarrement, en lisant le programme du festival, Domo_Kun, dont la musique était qualifiée d’electronica, était la formation la plus susceptible de nous plaire. Pourtant on passera assez rapidement sur le sujet. Deux hommes derrières des laptops, quelques projections façon cartoons coquins, une musique plutôt groovy-dansante, mais le public est assis. Si la musique de Domo_Kun était musicalement intéressante, on pourrait très bien resté assis et écouter, mais passé une intro relativement abstrait et expérimentale, laissant la place aux silences, la rythmique prend le relai, linéaire, et nous ennuie profondément, trop longtemps.

Pour finir, Sylvain Chauveau et l’Ensemble Nocturne qui interprètent des chansons de Depeche Mode. Pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, il s’agit du Français Sylvain Chauveau (Micro:Mega, Arca) qui a réorchestré quelques titres de Depeche Mode en version acoustique avec violon, violoncelle, piano, et clarinettes.
Avant de venir au Café de la Danse, on s’attendait à une interprétation carrée des titres de l’album, loin des improvisations solo de l’artiste et plus proche d’une rigueur néo-classique. Bref, on ne s’attendait pas à être surpris.
Pourtant le concert débute par Chauveau tout seul au piano avec Precious, premier single de Playing The Angel, dernier album de Depeche Mode, donc dans une version inédite. L’Ensemble Nocturne prend alors place pour des interprétations certes jolies, mais sans surprises de The Things You Said et Stripped. Et puis Sylvain Chauveau est de nouveau seul, mélangeant son travail solo (quelques coups sur le corps de sa guitare mis en boucle, quelques nappes produites par un archet) aux textes de Martin Gore avec ici I Feel You. Le résultat est assez troublant, entre la douceur de la musique et la noiceur de la voix, version épurée et concentrée sur l’essentiel. S’il est resta strictement à la chanson sur ce titre, il interpréta un peu plus tard une magnifique version de Little 15 selon le même principe, seul à la guitare, et le prolongeant par une longue improvisation faite de nappes de guitare. Peut-être l’une des plus belles interprétations, en tout cas la plus habitée.
Autre titre sortant du lot, Freelove, interprété de façon un peu particulière puisque Sylvain Chauveau était au chant, accompagné d’Aurélien Besnard à la clarinette contrebasse, et d’un enregistrement dévoilant des guitares fracturées. Encore une fois il se détache d’une interprétation trop classique (bien que présente sur l’album), grâce cette fois à des arrangements de Sébastien Roux déjà croisé en solo ou au sein de Heller.
Bien sûr, quand le concert se termine au bout de 50 minutes, le public en redemande. Tous les musiciens reviendront donc sur scène pour nous offrir deux rappel, dont un fragment de Enjoy the Silence.

Fabrice ALLARD
le 29/05/2006

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