Chicks on Speed / Douglas Gordon

 date du concert

24/02/2007

 salle

Centre Pompidou,
Paris

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Centre Pompidou / Chicks on Speed / Douglas Gordon

 liens

Centre Pompidou
Douglas Gordon

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Quand on nous fait pénétrer dans la grande salle du Centre Pompidou, il y a déjà pas mal de remue-ménage sur la scène. On fait "comme si" on était en train de préparer le spectacle. Comme ça il n’y a pas d’avant, pas d’après : les Chicks on Speed, c’est de l’art en permanence, pas juste le temps d’un spectacle. Et tant qu’elles y sont, il n’y a pas de scène ni de hors-scène : les costumes sont sur des cintres au fond, et on se change sur place. Bon il n’est pas dit que ce genre de concepts suffise pour se diplômer aux beaux-arts de nos jours, mais le groupe compense son manque de finesse par un certain panache. Il y a aussi Douglas Gordon (vidéaste conceptuel, au très bon rapport notoriété / fatigue-au-travail). Il se balade en faisant plus ou moins semblant de régler des détails pour les caméras, bref on a dû lui dire d’avoir l’air naturel.

À un moment, on a quand même l’impression que cela démarre vraiment, enfin les "artistes" se barrent mais on a droit à un clip projeté sur l’écran de fond de scène. Il s’agit de Typical Girls, chanson qui se moque (un peu) des aspirations bêtement plan-plan de certaines filles, alors qu’il est tellement facile de se rebeller. Par exemple en dansant nues sur les toits. Ce que font les CoS dans les images qui sont maintenant projetées devant nos yeux etonnés. Et là on s’arrête un instant, il y a quand même une sacrée réflexion sur la notion de spectacle dans le fait de nous présenter un clip alors qu’elles pourraient simplement interpréter leur chanson. Bon on l’a déjà dit, c’est simplet mais c’est entraînant.

Après elles égrainent les thèmes de leur fond de commerce : le caractère marchand de l’art, le lesbianisme... Elles ont une chanson où elles brandissent une paire de ciseaux, on a osé y voir un symbole castrateur, mais c’était peut-être simplement pour dire qu’elles aiment bien la couture et la mode. Pendant ce temps, Douglas Gordon a changé de costume, et n’arrive pas à fermer ses boutons de pantalons. Alors Gordon il a la bonne tête du gars qui boit des pintes au pub, mais on ne serait pas étonné s’il avait quelques tendances exhibitionnistes car il ne s’arrêtera plus de frétiller du popotin pour dévoiler ses attributs. Mais on s’interroge, on est à un spectacle post-moderne, et il n’y a toujours pas eu d’interaction avec le public ? Alors elles font une pause pour vendre des t-shirts (récurrence du thème du marché de l’art, suivez un peu !) et distribuer des verres de vodka (sympa !).

Le rythme s’accélère, on a droit à de jolies chorégraphies, à plusieurs changements de costumes, à une coupe de cheveux en direct (au résultat assez punk, mais pas si mal), à un We don’t need guitars. Et on arrive à l’apothéose du spectacle, avec en bande-son Brushing Art, chanson qui semble suggérer que l’art d’aujourd’hui, c’est peut-être autre chose qu’une variation sur un champ de fleurs peint par grosses touches. Montrent-elles une voie possible en se dénudant et en se badigeonnant gaiement de peinture fluorescente (ce qui crée de jolies arabesques sous les éclairs du stroboscope), ou bien s’agit-il seulement de permettre enfin à Douglas Gordon de laisser tomber son pantalon ? On se pose encore la question, mais en tout cas c’était chouette.

Bertrand Le Saux, Soizig Le Calvez
le 15/03/2007

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