du 10/05/2019 au 25/08/2019
Le Bal,
Paris
Rapidement vues au moment du concert d’Eli Keszler et Martina Lussi, les photographies de Barbara Probst nécessitaient de s’y arrêter plus longuement. Une seconde visite au Bal nous permit donc d’arpenter plus librement les deux niveaux du lieu parisien, pour prendre connaissance plus profondément du travail de l’Allemande, débuté en 2000 lorsqu’elle installa plusieurs appareils photos à des angles et des distances différents sur un même toit de New-York, appareils qui se déclenchèrent simultanément, alors que la jeune femme sautait en l’air. Dénommés Exposures, ces dispositifs connurent, depuis lors, près de cent-cinquante occurrences, dont une quinzaine est montrée ici.
Retraçant son parcours depuis l’Exposure #1 décrite ci-dessus, l’exposition nous permet de constater que la technique de Barbara Probst s’affine avec le temps : les flous disparaissent, les angles de prise de vue sont sélectionnés pour rendre (quasi-)invisibles les appareils photos, etc… Entre sa première Exposure et les plus récentes, les sujets évoluent aussi, plus uniquement centrés sur elle, mais aussi sur l’environnement, la ville autour d’elle, des objets et même une galerie de personnalités (Monica Vitti, Daniel Craig) au sein de laquelle elle s’intègre intelligemment, grâce à une juxtaposition du noir et blanc et de la couleur (Exposure #87). Naturellement, un jeu s’installe parmi les spectateurs, qui cherchent les emplacements des appareils ou tentent de débusquer les éventuelles erreurs de placement. Mais l’Allemande en sort à chaque fois vainqueur car certaines Exposures, qui donnent l’impression d’avoir été prises le même jour (mêmes objets, mêmes couleurs, mêmes lumières, même disposition) ne l’ont, en réalité, pas été (Exposure #138 à Exposure #140).
S’amusant donc avec le regardeur, Barbara Probst tourne autour des différents points de vue et de la question de la perspective, en démultipliant ces recherches avec jusqu’à douze images pour une même Exposure, bien servie par la taille des tirages et la largeur des cimaises du Bal, permettant au visiteur d’embrasser tous les clichés du même regard. Avec la simultanéité des points de vue, c’est évidemment le statut de ce que l’on regarde qui est questionné, postulant que rien n’est vrai et surtout pas ce qu’on voit (depuis Godard, on sait qu’il n’y a pas d’image juste, mais juste une image). Une pomme peut, par exemple, apparaître entière sous un angle et croquée sous un autre. Alors que les commissaires, Frédéric Paul et Diane Dufour, indiquent que l’artiste essaye de « réduire au maximum le caractère narratif de chaque vue », il nous semble, au contraire, que les interprétations multiples qu’amènent la plupart des Exposures relèvent d’une forme d’ouverture du récit.
Ainsi, Exposure #59 (Probst affublée d’une écharpe rouge qui vole au vent) peut renvoyer à un extérieur neigeux, un studio très mis en scène, un flou artistique renvoyant à un vieux cliché et à un procédé de trucage quand l’Allemande semble flotter dans l’air. Plus loin, Exposure #9 (Probst au milieu de gens, dans Grand Central Station) peut la montrer assaillie par la foule, noyée dans la masse à l’heure des sorties de bureaux, immobile telle une statue, mise en majesté ou encore objet d’une photo volée, type paparazzi, à gros grains. Offrant de nombreuses conjectures, ces dispositifs photographiques sont entrecoupés de portraits en gros plan, constitués de diptyque ou triptyque, centrés alternativement sur le regard d’un des personnages ; probablement moins fortes que les scènes plus composées, ces séries restent toutefois assurément cohérentes avec l’excellent travail de la photographe.
le 05/08/2019