du 15/03/2019 au 15/09/2019
Musée d’Arts,
Nantes
Depuis la réouverture du Musée d’Arts, ces pages n’avaient pas encore rendu compte des expositions personnelles tenues dans la Chapelle de l’Oratoire. Pourtant dévolue à des créateurs contemporains, celle-ci avait, en effet, accueilli des propositions trop courtes (une ou deux œuvres, souvent vidéos) pour qu’on arrive à en écrire quelque chose de suffisamment pertinent. Etendue sur six mois et programmée dans le cadre de la saison France-Roumanie, la monographie de Mircea Cantor s’avance dans une autre configuration : forte d’une trentaine d’œuvres, elle permet d’embrasser la carrière du plasticien depuis ses débuts, d’ailleurs marqués par un passage (au tournant du siècle) à l’Ecole des Beaux-Arts de Nantes.
Au reste, ces souvenirs locaux affleurent à la surface dans I Feel In Nantes Like In New-York, autoportrait photographié et retravaillé puisque Mircea Cantor y apparaît devant la Tour de Bretagne dédoublée (ce qui, en 2000, renvoyait naturellement à la mégalopole états-unienne). Cette forme d’humour un peu tendre connaît d’autres déclinaisons dans le parcours de celui dont on a toujours apprécié la production (bien que cela fasse près de sept ans qu’on n’avait pas recroisé sa route). Ainsi Garlic Dressed As Onion prête-t-il à sourire autant qu’à réfléchir sur le statut de ce qu’on voit. Plus loin, les créations se teintent de poésie quand un des enfants de Cantor recrée un clair-obscur, en hommage à Georges de la Tour, avec un soldat de plomb et une lampe de bureau, ou lorsqu’un crayon de papier se trouve dôté d’une flamme (The Hand Of The Artist).
Sous ces aspects attirants, voire attendrissants, sourdent pourtant une charge politique et une violence latente. Le billet de dollars tatoué sur le revers d’une main (United States Of Mind), l’autostoppeur à la pancarte blanche qui, dans le même temps, ne sait pas où il va et se montre prêt à aller n’importe où (All The Directions) et les deux vidéos de manifestations travaillent ainsi autour du politique. Entre performance et geste militant, ces deux dernières pièces sont présentées en miroir, dans le chœur et au-dessus de l’entrée traditionnelle de la Chapelle de l’Oratoire. Dans The Landscape Is Changing, tournée à Tirana en 2003, les pancartes des manifestants sont des miroirs tandis que dans Adjective To Your Presence, filmé à Tokyo en 2018, ces mêmes pancartes sont vides et transparentes : absence de revendications ? disparition des utopies ? désenchantement généralisé ?
Insidieuse et souterraine, la violence point donc, également, comme en germe, dans cette série d’armes reconstituées sous forme kaléidoscopique, entre herbier et déconstruction du signifié (Holy Flowers). De même, les tentatives d’expérience que mènent les enfants de Mircea Cantor, sous leurs apparences mignonnes et bégnines, s’avèrent bien plus périlleuses et significatives : découpe au ciseau d’un filet d’eau (Vertical Attempt), abattage façon château de cartes de trois couteaux de cuisine en soufflant dessus (Wind Orchestra), bribes de parole mises en boucle (I Decided Not To Save The World, Regalo). Déjà présentes dans l’exposition personnelle montrée par le Roumain au Crédac en 2011, ces préoccupations relatives à la guerre et à l’enfance continuent donc de hanter Mircea Cantor qui, une nouvelle fois, parvient habilement à les traduire plastiquement.
le 04/09/2019