30/10/2019
Maroquinerie,
Paris
En tournée très régulière, Oiseaux-Tempête est sur les routes en cet automne pour défendre son nouvel album, publié une douzaine de jours avant cette date à la Maroquinerie, et sur lequel nous reviendrons prochainement. Accompagné sur scène, comme sur ce disque d’ailleurs, par quatre invités, le groupe avait intelligemment sollicité l’une d’entre elles, Jessica Moss, pour assurer sa première partie. Cela nous permit de retrouver la violoniste en solo, ayant encore en mémoire son très bon concert d’il y a deux ans dans le cadre du Festival Soy.
Au reste, sa prestation se rapprocha assez fortement de celle donnée à Nantes puisque, passé un premier morceau issu de la musique traditionnelle klezmer (violon solo, sans trop d’apports ou d’effets), la Canadienne annonça un morceau d’une vingtaine de minutes, construit à partir de son interprétation du phénomène de l’intrication quantique. Déjà convoqué à l’époque, ce mécanisme amena Jessica Moss, une nouvelle fois pieds nus sur scène, à proposer des hurlements à la lune de loups en introduction, avant de superposer en direct les couches de son violon. Des nappes et bourdonnements furent ensuite ajoutés, puis un chant entre vocalises et forme de plainte réverbérée et empilée, une fois l’instrument à cordes tu. Bien que peu surprenant au regard de ce qu’on connaissait de la musicienne, ce set d’une demi-heure (durée un peu trop courte et qui aurait mérité de revenir vers le violon pour un dernier morceau, par exemple) confirma son savoir-faire.
Élargissant progressivement leur champ, les Français d’Oiseaux-Tempête se sont donc entourés de plusieurs intervenants pour leur nouvel album, et cette tournée (donnée sous le nom « Oiseaux-Tempête & Friends ») en est le reflet puisqu’outre Jessica Moss au violon, Mondkopf est présent aux machines, Radwan Ghazi Moumneh (de Jerusalem In My Heart) au bouzouki électrique et G.W. Sok s’occupe des parties vocales. Disposé sur toute la largeur et la profondeur de la scène d’une Maroquinerie quasi-complète, le septet proposa quatre-vingt minutes de free-rock poussé à l’extrême, parfois (très) proche d’une forme de doom avec force saturation des guitare de Frédéric D. Oberland et basse de Stéphane Pigneul, frappes martiales sur la batterie de Jean-Michel Pirès et rythmiques électroniques plombées lancées par Mondkopf. Dans ce contexte, le violon de Jessica Moss se trouvait même un peu noyé dans le mix, même si le fait qu’elle était placée à l’avant-scène, côté cour, permettait d’identifier, au moins visuellement, ses contributions.
Présent sur environ 2/3 des titres, dont un dit en français, G.W. Sok se fit toujours aussi impassible, livrant des textes qui nous parurent plus narratifs que dans notre souvenir de la participation du Néerlandais à un précédent concert du collectif. Aux côtés de cette statique stature, les six autres musiciens donnaient vraiment de leurs personnes, au diapason des premiers rangs de la fosse, où un headbanging était ostensiblement de mise. L’évolution musicale d’Oiseaux-Tempête se manifestait, sur scène, par la présence de Radwan Ghazi Moumneh, dont le bouzouki donna une coloration moyen-orientale à certains morceaux, là où, par le passé, c’était la clarinette basse de Gareth Davis qui apportait son concours. Tout instrument à vent n’était cependant pas banni puisque Frédéric D. Oberland put s’emparer, à deux reprises, de son saxophone, joué de manière ultra-nerveuse, en ligne avec la totalité d’un set mené avec fougue et conviction.
le 04/11/2019