(Hallow Ground / Import)
12/03/2021
Rock

Au-delà de l’intérêt qu’ils peuvent procurer aux spectateurs, les concerts sont aussi l’occasion, pour les musiciens, de faire des rencontres productives. C’est ainsi qu’à la faveur de premières parties données en 2014 sur une tournée européenne des Swans, Norman Westberg avait fait la connaissance de Jacek Mazurkiewicz. Entre deux dates d’une tournée solo du premier, cinq ans plus tard, le guitariste états-unien et le contrebassiste polonais se sont retrouvés pour une session d’enregistrement à Varsovie. Habilement croisés, dans cinq titres assez largement improvisés, les univers expérimentaux et inquiétants des deux intervenants donnent corps à un album dense et habité, bien en cohérence avec le reste de la discographie que publie Hallow Gound.
Pour décrire le travail des deux musiciens, on peut aisément dérouler une métaphore que la photographie de pochette de John Fell nous suggère : agrégat de propositions linéaires comme celles montrées au premier plan (tapis sonores mis en place par la guitare électrique, textures tenues, climat ambient continu), de traits plus saillants telles les collines qui se détachent au deuxième plan (éclats de six-cordes, contrebasse jouée aux doigts et non étouffée, allers et retours de l’archet sur les cordes) et d’éléments plus nébuleux comme ceux qu’on aperçoit au lointain et qui se fondent dans le ciel (atmosphère vaporeuse d’ensemble, sorte de drone un peu minimaliste). Le tout se trouve, au surplus, dépourvu d’interventions vocales, comme la nature morte qui sert d’illustration au disque.
Pertinents dans leurs morceaux compacts et ambient, Norman Westberg et Jacek Mazurkiewicz le sont possiblement encore davantage quand les doigts ou l’archet du second courent sur sa contrebasse, et que la guitare électrique offre, de son côté, des divagations légèrement saturées. Sous ce rapport, le morceau-titre, placé en début de face B, et le caudal Oxnard sont certainement les plus convaincants du disque ; le premier étant ponctué, de surcroît, de petites expérimentations électroniques sur sa fin, tandis que le second voit de rapides aplats de contrebasse à l’archet combiner avec des divagations improvisées de guitare. Sur les autres titres, la contrebasse semble plus en retrait, un peu éclipsée par la guitare et les couches qu’elle dispose. Pour autant, l’album témoigne assurément d’une belle rencontre.
le 08/06/2021