Histoires d’Abstraction - Le Cauchemar de Greenberg

 date

du 16/11/2021 au 22/01/2022

 salle

Fondation d’entreprise Ricard,
Paris

 appréciation
 tags

Daniel Steegmann Mangrané / Fondation d’entreprise Ricard / Vidya Gastaldon

 liens

Fondation d’entreprise Ricard

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Délaissant un peu sa démarche prospective et son angle ultra-contemporain, la Fondation d’Entreprise Pernod-Ricard dirige son regard vers l’abstraction et les formes modernistes, en se plaçant sous l’égide du théoricien étatsunien Clement Greenberg, auteur de plusieurs essais sur ce courant artistique, dans les années 1960. Pour autant, il ne s’agit pas d’une exposition historique, à la différence de plusieurs autres récentes propositions muséales, citées dans la feuille de salle, mais de réunir des créateurs contemporains adeptes de ce style, et dont une partie a déjà été saluée sur ces pages.

Oeuvres de Vidya Gastaldon
(courtesy Galerie Art:Concept)

C’est ainsi qu’on retrouve avec toujours autant d’intérêt le geste de Vidya Gastaldon, la Suissesse montrant des cubes de cinquante centimètres, aux côtés peints de diagrammes et formes géométriques colorées, concrétisations des esquisses et dessins accrochés sur un mur à proximité. Même jeu sur l’interférence entre objet domestique (ou sujet du quotidien) et graphisme moderniste chez Rafaël Rozendaal, qui confectionne une tapisserie de laine à partir des données de Google Apps, converties en petits carrés colorés, et chez Seulgi Lee, qui orne des couvertures de motifs en soie censés représenter des proverbes par le biais de formes réduites (demi-cercles, disques, triangles, aplats de couleurs). La couverture est aussi au centre de l’œuvre de Stéphanie Saadé qui expose l’objet qui l’a accompagné jusqu’à ses douze ans, brodé de douze trajectoires dessinant ses déplacements quotidien, pour un résultat qui tient à la fois de la carte mentale que du doudou réconfortant.

Serge Alain Nitegeka - Silence : Studio Study X
(courtesy Stevenson Gallery, Johannesburg)

L’aspect un peu pauvre de cette proposition résonne alors avec celles de N. Dash (origami de papier crayonné, ou assemblage d’acrylique, plâtre et lin), voire avec l’aspect un peu rêche de la peinture sur bois de Serge Alain Nitegeka, dont les lignes et formes noires paraissent barrer l’horizon. Pouvant être également vus comme des obstacles, les sculptures de Laëtitia Badaut Haussmann, semblables à des paravents blancs dont l’arête est peinte en noir, et le rideau de chaînettes métalliques vertes de Daniel Steegmann Mangrané, tout juste perforé de formes indistinctes, comme pour laisser un petit espoir de pouvoir le traverser.

Dans une exposition où dix des quatorze artistes sont des femmes, un bon nombre choisit une approche résolument féministe, réalisant des formes suggestives (Huguette Caland, Ulrike Müller, Loie Hollowell, dans un geste d’affirmation bien dans l’air du temps, que rejoint aussi Mohamed Hamidi) ou bien inversant les code-couleurs traditionnels (Ad Minoliti avec ses deux peintures accrochées en hauteur : Blue (She/Her) et Red (He/Him). Enfin, placée dans cet endroit plus ingrat qu’est ce recoin de la seconde salle, mais qui favorise le dialogue avec l’espace extérieur grâce à la grande baie vitrée, Adélaïde Fériot retranscrit le bruit de vent sur des rideaux de velours, par des diagonales et des camaïeux de noir et orangé.

François Bousquet
le 17/01/2022

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