15/09/2022
Instants Chavirés,
Montreuil
Histoire d’enchaîner fin d’été et rentrée de manière assez similaire, la date de ce jeudi aux Instants Chavirés avait été cochée. Après avoir assisté, à Oslo, à quatre concerts, dans le cadre d’un mini-festival dédié au jazz et aux musiques improvisés, place à quatre autres propositions, dans le cadre d’un mini-festival consacré à la scène expérimentale suédoise. Intitulé « Parasoll », cette manifestation, concoctée par Zone de Silence (soit les Instants Chavirés, le collectif Coax et le festival Sonic Protest), se tenait sur trois jours, dans la salle de Montreuil et au Sample de Bagnolet. Promettant rencontres inédites entre musiciens et présences de figures tutélaires du genre, cette séquence avait drainé un public nombreux et connaisseur, pour quatre sets d’une demi-heure chacun environ.
Parfait exemple de ce que le festival voulait offrir, le duo entre Antoine Viard et Sofie Herner mit aux prises un improvisateur montreuillois et une musicienne de Göteborg. Muni d’un saxophone baryton, le Français se tenait debout, tandis que la Suédoise était à genoux, avec sa guitare électrique. Livrant quelques éclats sonores de part et d’autre, ainsi que des triturations de leurs instruments respectifs, les deux artistes dialoguèrent sans peine, travaillant une matière brute de manière plutôt intéressante. À mesure que la saturation ornait leurs saxophone et guitare, l’ensemble prit ensuite une ampleur progressive, jusqu’à des murs de distorsion trop chargés, sorte de bonne préparation à ce qui allait suivre.
De fait, installé en pied de scène, le deuxième duo franco-suédois de la soirée nous présenta un violent shoot noise, à partir de leurs machines et samplers disposés sur des tables. Sons concassés, saturations et distorsions diverses emplirent ainsi l’espace dans ce déluge servi par Arnaud Rivière et Joachim Nordwall. Tout de suite positionné très fort et très déchaîné, leur set ne baissa pas d’intensité, comme s’il fallait tester la résistance du public.
Retour sur scène et à un duo mixte, par la suite, avec le Parisien Simon Henocq, armé d’une petite guitare acoustique, et la Suédoise Mariam Wallentin, vêtue d’une grande chemise blanche et chargée du chant. Agissant de manière un peu psalmodiée, dans un phrasé souvent difficilement intelligible, elle mêla son timbre aux notes détachées de l’instrument du Français, joué en tirant ostensiblement sur les cordes. À nouveau, une légère distorsion fut convoquée par celui-ci, enfant petit à petit, à partir du milieu du concert, pour finir par recouvrir quasiment l’ensemble.
Pour terminer, place au seul trio de la soirée, avec la présence de Mats Gustafsson, sorte de fil rouge de ces trois jours de festival. Placé côté jardin sur la scène, le Suédois passa de la clarinette au saxophone baryton, pour de fragments sonores invités à croiser avec la guitare électrique de Julien Desprez (bien dans son registre habituel, avec frappes sur son instrument, jeu hyper-rapide et tension permanente) et la batterie de Yann Joussein. Assez typique (caricatural ?) de ce que ce genre de rencontre pouvait donner, leur concert se déroula, là encore, dans un débordement sonore certain, une liberté de jeu et une puissance affirmée.
le 20/09/2022