caroline / Mary Lattimore

 date du concert

10/11/2022

 salle

Antipode,
Rennes

 tags

Antipode / caroline (2) / Mary Lattimore

 liens

Mary Lattimore
caroline (2)
Antipode

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Petite sensation indé du premier quadrimestre 2022 (un album paru en février sur Rough Trade et qui avait eu les louanges de la presse papier, un concert complet aux Instants Chavirés en avril), caroline revenait pour deux dates bretonnes en ce mois de novembre, avant d’être programmé en tête d’affiche du Festival BB Mix, à la fin du mois, à Boulogne-Billancourt. Absent de région parisienne lors de leur passage printanier, on préféra se rendre à Rennes pour voir les Londoniens, plutôt que d’attendre leur prestation festivalière, à la fois parce qu’on redoutait une forme resserrée au BB Mix, et parce que la présence de Mary Lattimore en première partie apportait un regain d’intérêt à ce plateau, concocté par l’Antipode.

MJC située un peu à l’écart du centre-ville de la capitale bretonne, ayant récemment déménagé et accessible grâce à la nouvelle ligne de métro rennaise, l’Antipode fait bibliothèque, lieu de répétition et de cours pendant la journée, et salle de concert le soir. Outre une petite scène, façon cabaret, à proximité du bar, la salle propose un large espace, escamotable, pouvant accueillir entre 350 et 900 personnes. Pour cette ouverture d’un week-end de trois jours, l’équipe inaugurait un format plus intimiste : gradins remisés, scène fermée par un rideau et estrade disposée au milieu de la fosse avec public autour. Parfaitement adapté aux deux concerts de la soirée, ce dispositif nous mit, d’emblée, dans de bonnes conditions, et reçut, à 20h30 précises, Mary Lattimore et sa harpe.

Mary Lattimore

Tournant régulièrement en Europe, la musicienne dit son bonheur d’être de retour en Bretagne, trois mois après avoir joué à la Route du Rock, sur la plage l’après-midi. C’est dans une salle baignée d’impeccables éclairages (alternativement pleins ou éclatés en multiples faisceaux) qu’elle livra une cinquantaine de minutes d’instrumentaux aux intitulés allant souvent fureter dans le champ lexical aquatique (On The Day You Saw The Dead Whale, We Wave From Our Boats, Wawa By The Ocean, etc…). Ces dénominations se montraient en très bonne adéquation avec les dégringolades de cordes et l’aspect très fluide des enchaînements de la Californienne qui, grâce au sampleur tenu de sa main gauche, pouvait aussi intégrer du delay (Wawa By The Ocean).

Dans son interprétation, Mary Lattimore pouvait donner la légère impression que ses graves, joués de la main gauche, étaient balancés sans être vraiment calculés, avec des cordes quasiment pincées au hasard. Mais, en fait, son set témoigna d’une grande maîtrise de son instrument, et se capacité à déployer des morceaux aux qualités mélodiques plus poussées, avec basses posées et mises en boucle, opposées à des petites mélodies dans les aigus (Silver Ladders). Si elle manifesta une certaine difficulté à finir ses morceaux (ne laissant pas suffisamment longtemps la résonance, remerciant trop vite le public et déclenchant, par suite, trop tôt des applaudissements), l’Étatsunienne sut diversifier, même sur le tard, son set en introduisant des apports percussifs en toquant contre le bois de sa harpe, avec ses phalanges, sa bague ou le plat de sa main.

Une estrade remplacée par une autre, les huit Anglais de caroline prirent la suite, ouvrant par quelque chose d’assez typique de leur registre : un début presqu’a capella, loin des micros, avec du chant juste soutenu par deux guitares acoustiques (IWR). Les violons de Magdalena McLean et Oliver Hamilton arrivèrent ensuite, puis une batterie frappée aux balais, la clarinette d’Alex McKenzie, la basse de Freddy Wordsworth et un violoncelle (joué par l’un des deux guitaristes), pour un ensemble de pur post-folk avec chant un peu crié, émergeant à peine de toute cette orchestration. Pour leur reprise du Peak Chroma de claire rousay, les huit musiciens se dirigèrent vers des rivages plus free-folk, avec jeu plus débridé (petites notes de guitare acoustique, saxophone à la place de la clarinette, trompette, batterie plus enlevée et voix de Magdalena McLean traitée en direct).

caroline

Par la suite, caroline donna parfois l’impression de laisser aller les instruments, sans véritable structure, comme si tout le monde s’accordait ou chantait à tue-tête, pendant que trois cymbales posées les unes sur les autres étaient frappées par le batteur (Natural Death). Mais, plutôt que ces passages, on préféra retenir la capacité du groupe à, d’une part, changer d’instruments aussi facilement et, d’autre part, parcourir un spectre assez large. Outre les styles déjà mentionnés, Skydiving Onto The Library Roof les vit, ainsi, se tourner vers une americana, servie par une guitare électrique aux cordes fortement tirées et comme dotées d’une tessiture steel, pendant que les autres instruments rejouent en boucle les deux mêmes accords ou notes. Le violon put aussi être joué en pizzicati, tandis qu’une shruti box était utilisée pour créer un bourdon, et que le saxophone enchaînait des notes très rapides.

Au-delà de leurs explorations diverses, on sentit bien que c’est vers ce registre que les Londoniens préfèrent aller car, même sur un morceau très accessible comme Good Morning (Red), chargé de conclure leur heure de concert, ils réservèrent une seconde moitié beaucoup plus déstructurée, avec guitare électrique à peine jouée, sur fond de batterie sommaire et de basse très arrondie. Alors qu’assez étonnamment, une partie du public, possiblement décontenancée, avait quitté la salle en cours de route, c’est largement convaincus que nous saluâmes leur prestation, dénuée de rappel, mais qui nous accompagna dans la nuit bretonne.

François Bousquet
le 15/11/2022

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