1983

 auteur

Alice Carré

 metteur en scène

Margaux Eskenazi

 date

du 11/01/2023 au 22/01/2023

 salle

Théâtre Gérard-Philipe,
Saint-Denis

 appréciation
 tags

Alice Carré / Théâtre Gérard-Philipe

 liens

Théâtre Gérard-Philipe

 dans la même rubrique
du 20/03/2026 au 16/04/2026
Bovary Madame
(Théâtre de la Ville)
du 18/03/2026 au 17/04/2026
À notre place
(Théâtre de la Colline)
du 19/03/2026 au 04/04/2026
Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid
(Théâtre Paris-Villette)
du 10/03/2026 au 13/03/2026
Veiller sur le Sommeil des Villes
(Théâtre Ouvert)

Un peu à l’image d’autres spectacles récemment vus, 1983 ambitionne de retracer les années 1980 en France, entre lutte pour l’égalité des droits des immigrés, arrivée de la gauche au pouvoir, paysage audiovisuel en pleine évolution et surgissement du Front National. Avec une belle ampleur (2h40 de spectacle, huit comédiens interprétant une foison de personnages, près d’une décennie brossée), la création d’Alice Carré et Margaux Eskenazi emporte par son énergie et ses élans politiques.

Sur un plateau agrémenté d’un élément de décor délimitant trois espaces, permettant de figurer un salon d’appartement, un studio de radio ou bien une salle de bar, on se trouve plongé dans une époque à la fois lointaine, mais aussi rapidement familière. Outre le fait de l’avoir connue enfant, cette décennie se trouve, donc, au cœur de plusieurs fictions, romans ou spectacles ces dernières années, conférant une proximité avec certaines séquences, et appelant à des souvenirs dont on ne sait s’ils sont directs ou revenus par le truchement de ces différentes œuvres artistiques. C’est ainsi que sont, avec intérêt mais sans grande surprise non plus, successivement retracés les grèves des sidérurgistes, le 10 mai 1981, la marche de 1983 pour l’égalité des droits et contre le racisme ou l’émission L’Heure de Vérité invitant Jean-Marie Le Pen en février 1984.

En alternance avec ces séquences, on suit la trajectoire de plusieurs figures récurrentes : Pierre, l’OP de chez Talbot, et sa femme Christine, Guy et Christian les journalistes de la radio libre « Fierté Ouvrière », Assia et Dalila les animatrices d’une autre radio libre et Samir et Mohammed, deux jeunes de Nanterre et Vitry. Parfois un peu trop archétypaux ou symbolistes, ces « petites gens » se veulent témoins mais aussi représentatifs de leur époque : Pierre, militant CGT, va se heurter à la désillusion du tournant de la rigueur de 1983, Christian ne se retrouvera plus dans les envolées lyriques de Guy, Samir et Mohammed veulent dépasser leur statut de « jeune de banlieue », etc…

Possiblement un peu trop longs également, ces moments sont, outre les temps plus historiques, contrebalancés par de la musique, soit instrumentale et pré-enregistrée (notamment au début et à la fin, avec deux superbes morceaux), soit jouée en direct par les comédiens recréant les concerts « Rock Against Police » ou une session radio de Carte de Séjour. Aussi bien intégrés que ces passages, des apartés méta-théâtrales sont glissés par Alice Carré dans son texte. Traités sur un ton délibérément très humoristique, ces pas de côté cassent volontiers le quatrième mur (interpellations du public ou carton indiquant, au soir du 10 mai 1981, alors qu’il est 19h59, que « grâce à sa perspicacité, et aux mines réjouies des comédiens interprétant les animateurs de « Fierté Ouvrière », le spectateur aura compris que François Mitterrand a gagné »), invitent les comédiens à changer de costume ou de décor à vue, et cassent le continuum narratif avec malice.

Indubitablement, la portée politique de 1983 est réelle, sa nécessité documentaire pour la jeune génération avérée et les ponts avec aujourd’hui assez transparents et intentionnels de la part des deux créatrices. Pour autant, au sortir de la salle, on ressent un léger sentiment d’entre-soi (le spectacle tourne beaucoup, dans des salles subventionnées, face à un public conquis d’avance), d’une proposition qui parle à des convaincus, devant laquelle, bien que partageant assurément les valeurs charriées par la pièce, on regarde son voisin en se disant mutuellement que la gauche, c’était quand même mieux avant (même si, en fait, elle n’est peut-être pas complètement morte comme le laisse entendre le carton final).

Autres dates :
  du 24 au 31 janvier 2023 : Théâtre de la Cité Internationale - Paris
  9 février 2023 : Forum Jacques Prévert - Carros
  14 février 2023 : Théâtre Au Fil de l’Eau - Pantin
  16 février 2023 : Théâtre du Vésinet
  du 21 au 24 février 2023 : Comédie - Saint-Étienne
  7 et 8 mars 2023 : Bois de l’Aune - Aix-en-Provence
  11 mars 2023 : Théâtre Louis Aragon - Tremblay-en-France
  18 et 19 mars 2023 : Ferme du Buisson - Noisiel
  29 mars 2023 : Merise - Trappes

François Bousquet
le 16/01/2023

À lire également

du 15/11/2023 au 26/11/2023
Nuit d’Octobre
(Théâtre Gérard-Philipe)
du 28/11/2013 au 15/12/2013
Déplace le Ciel
(Théâtre Gérard-Philipe)
du 04/02/2026 au 15/02/2026
À condition d’avoir (…)
(Théâtre Gérard-Philipe)
du 13/04/2010 au 17/04/2010
Asphalte
(Théâtre Gérard-Philipe)