du 17/02/2023 au 14/05/2023
Palais de Tokyo,
Paris
Derek Jarman / Félix González-Torres / Hervé Guibert / Jean-Luc Moulène / Lily Reynaud-Dewar / Nan Goldin / Palais de Tokyo / Zoe Leonard
Publié en 2017, Ce que le sida m’a fait – Art et activisme à la fin du XXe siècle, essai d’Elisabeth Lebovici paru dans l’excellente collection « Lectures Maison Rouge » (lancée par le défunt lieu d’exposition privé), avait marqué par sa capacité à retracer les années 1980 et 1990 par le prisme de la création artistique, sans occulter les mouvements activistes, ni des éléments plus sociétaux. Inspiré par ce stimulant ouvrage, François Piron propose une exposition au Palais de Tokyo qui entend reprendre son fil conducteur, et constater ce que le sida a bouleversé sur le plan plastique.
De manière assumée, il ne s’agit alors pas d’un parcours pédagogique ou chronologique, qui mêlerait frise temporelle sur l’évolution de la maladie et propositions artistiques en regard. L’idée n’est pas, non plus, de documenter cette période par des remises en contexte ou bien des archives (ce que, pour le coup, l’essai de Lebovici faisait parfois). Aucune volonté, encore, d’illustrer ces années par des présentations d’œuvres iconiques et d’artistes très renommés (bien que Félix González-Torres, Nan Goldin, Zoe Leonard, Hervé Guibert, Guillame Dustan ou Derek Jarman soient présents), ni de mettre en regard ces créateurs avec des contemporains. Et donc, de quoi s’agit-il, au total ? Difficile à définir, sinon qu’il est intéressant que l’exposition ne se limite pas à la sphère européenne et anglo-saxonne, conviant, par exemple, le photographe sud-africain Santu Mofonkeng ou des femmes de Cape Town atteintes par la maladie qui ont réalisé leurs propres portraits.
Pour le reste, il est évidemment toujours assez saisissant de se trouver face à des grandes toiles de Derek Jarman dont les mots comme « DEATH » sont tracés dans des couleurs sombres et avec un effet de matière certain, en situation de réactivation de l’intervention de Zoe Leonard à la Documenta de Cassel (quand elle avait disposé, au sein d’un musée des Beaux-Arts, des photos des vulves de ses amies et amantes en lieu et place des portraits classiques d’hommes), ou bien de faire revivre, avec Michel Journiac et Jean-Luc Moulène, le souvenir de disparus. Et il est aussi pertinent qu’une créatrice comme Lili Reynaud-Dewar s’empare de cet héritage pour une installation combinant tentures sur lesquelles des citations sont inscrites et vidéo où un chœur retranscrit en chant les débats entre Dustan et Act Up.
Mais, au final, tout cela nous parut manquer singulièrement d’incarnation, et nous laissa extérieurs, à la surface. Se rendant au Palais de Tokyo en attendant d’y être touché, ému, voire saisi, on en ressortit sans aucun de ces sentiments, et sans non plus avoir vraiment retenu une œuvre ou avoir appris quelque chose qu’on ne savait déjà sur cette période.
le 28/04/2023