du 07/04/2023 au 03/09/2023
Musée d’Arts,
Nantes
Daniel Firman / Gilles Barbier / Musée d’Arts / Tony Matelli
La circonspection nous vient toujours un peu face à la sculpture hyperréaliste : entre impression d’être au Musée Grévin et sentiment qu’il s’agit surtout de susciter un effet « wahou ! » chez le visiteur, ébaubi face à temps de vraisemblance, nous avons toujours pris avec un peu de distance l’engouement pour ce courant, pourtant choyé par quelques lieux et fondations (Ron Mueck se trouve, ainsi, à nouveau convié par la Fondation Cartier tandis que le Musée Maillol vient de donner une large exposition de sculptures hyperréalistes). Avec son sous-titre (« Un Regard sur la Sculpture Hyperréaliste »), la proposition du Musée d’Arts de Nantes, sise dans son patio, annonçait quelque chose d’un peu différent, d’autant plus que la liste des plasticiens sollicités explore plus loin que les artistes communément rassemblés autour de cet art figuratif.
Précisément, la présence d’œuvres de Daniel Firman ou Gilles Barbier vient apporter une coloration différente : il ne s’agit pas de se limiter à des reproductions humaines, à l’échelle 1, de corps dénudés et regardant le spectateur droit dans les yeux. Avec ses mains entrelacées ou formant le mot « Hello » en langue des signes, Barbier convoque une dimension plus symbolique, moins immédiate, tandis que les personnages de Firman, tournant le dos au public, au visage caché sous un pull ou un blouson, et appuyés contre le mur, démontrent qu’il est souvent plus pertinent de dissimuler que de tout montrer. Possiblement plus inquiétantes, les statues de Berlinde De Bruyckere sont également sans visage, recouvertes de grandes couvertures, qui laissent simplement dépasser le bas de leurs jambes et leurs pieds. Enfin, Tony Matelli dispose, aux pieds de plusieurs murs, des plantes invasives en bronze peint, qui prouvent que l’hyperréalisme ne se limite pas à cette reproduction des femmes et hommes.
Les œuvres attendues sont, naturellement, montrées, avec, notamment, les nus à l’échelle 1 de John DeAndrea aux détails saisissants (taches de rousseur, traits tirés, plis de la peau), de Tip Toland (autoportrait en buste, sans concession, incitant à un concours de celui qui retient son souffle le plus longtemps) ou de Sam Jinks (ces bébés qu’on croirait jumeaux, avec leurs peaux fripées et leurs petits pieds recroquevillés). Certes, ces créations nous renvoient à notre condition humaine et à la fragilité de ces corps sans défense, mais il est aussi possible d’y voir une semi-provocation ou une recherche mimétique un peu courte. Le Josh de Tony Matelli, en lévitation sur sa tête, vient apporter autre chose, de l’ordre de l’étrange voire du paranormal, qui rejoint alors les bustes d’Evan Penny (Camille et Back of Danny), surdimensionnés et dont l’arrière est mis à plat, créant une absence de profondeur quasi-inquiétante.
Clou de l’exposition, présente sur tous les supports de communication, et fierté de l’institution nantaise qui la détient dans ses collections, la Flea Market Lady est installée au milieu du parcours. Assise sur sa chaise de camping, plongée dans un magazine en attendant le badaud, entourée de livres et peintures, l’œuvre de Duane Hanson semble, a fortiori en cette période estivale aux multiples vide-greniers, d’un réalisme confondant. Comme précédemment, avec les sculptures citées en premier, cette impression se fait d’autant plus forte que le personnage ne nous regarde pas, ayant l’éternité devant elle et paraissant défier le temps.
Avec cette œuvre, le Musée démontre qu’il ne souhaitait pas obérer le rapport au public et, notamment le rapport au « jeune public ». Outre leur attention captée par cette Flea Market Lady, nombre d’enfants s’amusent, ainsi, à reproduire les poses des personnages de Firman, calés contre le mur ou assis par terre, la tête dans les genoux, parvenant même (pour leur plus grand plaisir et de beaux éclats de rire) à tromper d’autres visiteurs qui s’émerveillaient de la contemporanéité vestimentaire de certaines œuvres ! Au-delà, la scénographie elle-même, avec ses trouées récurrentes dans les cloisons et son parcours labyrinthique, invite à ce dialogue entre œuvres et spectateurs, puisqu’au cours de la progression, on entraperçoit aussi bien quelques œuvres, entre deux pans de murs, que des visiteurs en contemplation. C’est donc une nouvelle fois avec intelligence que l’équipe du Musée d’Arts (le commissariat général est, ici, assuré par Sophie Lévy, directrice des lieux, et le commissariat scientifique par Katell Jaffrès, responsable des collections d’art contemporain, assistée de Salomé Van Eynde) propose une exposition d’art actuel, dans ce patio qui sied particulièrement à ces monstrations temporaires.
le 07/08/2023