du 20/11/2023 au 26/11/2023
Cinémathèque Française,
Paris
Le mouvement relevé l’an passé aux Entrevues de Belfort s’est trouvé conforté en 2023, toujours sous la houlette d’une direction collégiale (coordonnée par Cécile Cadoux) : des longs-métrages assez courts (deux sur dix dépassèrent l’heure et demie), le souhait de resserrer aussi le propos (dix films au lieu de douze) et d’aller chercher des propositions en marge de celles déjà présentées dans d’autres festivals, au risque d’offrir des formes assez radicales qui, possiblement, ne trouveront jamais de distributeurs (à cette heure, seul un long-métrage sur dix connaîtra une exploitation en salles). Comme si le jury avait voulu réagir à ces partis pris, le film lauréat du Grand Prix Janine Bazin s’appuyait, pour le coup, sur un véritable fil narratif. Avant de le visionner, la soirée de reprise du Palmarès s’ouvrit avec le Grand Prix André S. Labarthe, attribué au meilleur court-métrage.
Labellisé « fiction expérimentale », An Asian Ghost Story tient, effectivement, de ce registre avec son gros travail formel : séquences semi-documentaires entrecoupées de neige, de mire télévisée, de grésillements et saturations, d’images de pellicule brûlées, d’extraits d’archives. Pour raconter cette histoire de perruque qui vole, et passe de lieu en lieu sans vraiment se fixer, Bo Wang a donc recours à tous ces procédés, doublés d’une voix off incarnant la perruque, et servis par des sous-titres à la fois en mandarin, en anglais et en français. Avec sa petite quarantaine de minutes, le film part du véritable embargo lancé en 1965 par les États-Unis sur les perruques venant de Hong-Kong pour faire des postiches une métaphore de la situation du territoire, balloté d’un rattachement national à l’autre, au gré des évolutions politiques et charriant son lot de fantômes.
Filmé au plus près du réel, très proche de ses comédiens (dans la voiture, tout près de leurs corps), O Dia Que Te Conheci s’attache à Zeca, trentenaire empoté, qui peine à se lever chaque matin pour faire une heure et demie de bus et rallier l’école où il est bibliothécaire. Pris dans une logique routinière, il ne voit pas grand-chose autour de lui, à commencer par Luisa, secrétaire dans la même école, avec qui il fait un trajet un soir. Sur ce canevas traditionnel de la rencontre entre deux solitaires un peu gauches (même si elle se montre nettement plus mature que lui), André Novais Oliveira réalise un joli film, touchant et léger, dénotant une tendresse d’ensemble, mais n’oubliant pas de tenir un propos souterrain un peu plus âpre (sur la conscience qu’ont ces personnes racisées d’être à l’écart du reste de la population locale, par exemple).
le 08/12/2023