20/02/2024
Boule Noire,
Paris
Pour ce qui semblait être son premier concert en tête d’affiche à Paris, situé au début d’une large tournée européenne d’une trentaine de dates, Mary Lattimore avait rempli la Boule Noire. Face à un public mélangé et attentif, bien que debout (pas forcément la meilleure condition pour goûter un set de la harpiste qui, la veille par exemple, s’était produite au Musée des Beaux-Arts de Lille, face à une assistance assise), la Californienne laissa d’abord œuvrer Kevin Doria, chargé de l’accompagner pour tout son périple continental.
Le lien entre Mary Lattimore et Growing a déjà été recensé sur ces pages, via leur disque commun de l’été 2022, et la connexion se poursuit avec la présence du projet Humming Amps, mené par l’un des deux membres du duo étatsunien. Avec guitare électrique jouée à l’e-bow, Kevin Doria put installer une texture tournoyante, flirtant avec le larsen, qu’il superposa à d’autres plages pour un ensemble assez prenant. Donnant fréquemment l’impression d’avoir déjà atteint un pic dans l’empilement, il se montrait néanmoins capable de rajouter une couche, d’accroître encore la densité et de renforcer ce caractère enveloppant sans, pour autant, que le volume global ne devienne gênant.
Au mitan de sa prestation de quarante minutes, il laissa son e-bow pour travailler ses pédales et potentiomètres, pour jouer sur le fade in de ses accords grattés de six-cordes et rajouter des souffle (ceux-ci relayaient, d’ailleurs, le léger froid perçu dans la salle du fait de la climatisation conjuguée à la température extérieure de cette mi-février). Pour compléter cet exercice, Kevin Doria usait du vibrato de sa guitare, afin d’apporter une oscillation (un frisson ?) supplémentaire à ses notes.
Pendant que la sono diffusait By This River de Brian Eno, Mary Lattimore réajustait l’accordage de sa harpe, avant de débuter sa petite heure de concert par The Warm Shoulder, et d’immédiatement plonger le public dans un schéma déroulé régulièrement : des arpèges mis en boucle grâce à son séquenceur, rejoints par des notes aiguës et des accords plus graves, pour un résultat très captivant. Extrêmement volubile entre chaque titre (contant la genèse de ses compositions et expliquant les intitulés de ses morceaux) et techniquement très solide (son expérience et ses collaborations répétées lui permettent de déployer une large palette), la musicienne parut toutefois tirer un peu trop sur ses cordes aigües au début de son set, comme s’il lui fallait quelques instants de mise en place. De même, on remarqua que, de concert en concert (c’était la troisième fois qu’on la voyait), elle continuait d’éprouver des difficultés à terminer certains morceaux (fondu en sortie trop abrupt, remerciements alors que la résonance se fait encore entendre), à l’image de The Warm Shoulder ou Baltic Birch.
Mais concentrons-nous plutôt sur les qualités de ses compositions, avec les très mélodiques On the Day You Saw the Dead Whale, Wawa By The Ocean ou It Feels Like Floating, joué en rappel. Dans ces moments, la Californienne sut emporter l’adhésion avec ses dégringolades de cordes et son maniement du sampleur. Au-delà de ces attributs mélodiques, d’autres morceaux se distinguèrent par leurs cordes étouffées, afin de limiter la résonance et de produire un son plus mat (For Scott Kelly, Returned to Earth), des coups donnés par sa bague ou sa main sur son instrument (Til A Mermaid Drags You Under), ou l’utilisation de delay (And Then He Wrapped His Wings Around Me). Le tout constitua une belle unité, fort bien terminée par le Vapour Trail de Ride, diffusé par la salle pour raccompagner le public dehors.
le 21/02/2024