du 04/04/2024 au 01/06/2024
Galerie Édouard-Manet,
Gennevilliers
De loin, les grandes créations de Moffat Takadiwa qui occupent les murs de la Galerie Édouard-Manet de Gennevilliers pourraient ressembler à des tapisseries, avec leurs semblants de très grosses côtes et leurs représentations entre mandalas et patchworks. En se rapprochant, on constate, toutefois, qu’il s’agit d’ensembles constitués à partir de matériaux plastiques (bouchons de bouteille, touches de clavier, de téléphone ou de calculatrice, têtes de brosses à dents), dans un geste, certes classique, de récupération et de réinvestissement de ces rebuts, mais intelligemment réalisé ici.
Si l’on peut passer sur le point de départ pris par le Zimbabwéen pour justifier une exposition qui serait tournée vers la Seine (il est fait part de l’existence du Port de Gennevilliers, plus grand port fluvial de France, sans dire un mot des perspectives prévues par Haropa et la création d’un double hangar immense, baptisé effrontément « Green Dock », qui viendra défigurer l’écosystème local), on préfèrera se concentrer sur des œuvres un peu inquiétantes par leurs dimensions et leurs noirceurs. Toutefois, comme avec certains animaux, en s’approchant, on peut les apprivoiser (ici, en constatant leurs procédés de fabrication), mais cela peut aussi susciter un certain effroi, en pensant aux conditions de production : matériaux de récupération trouvés dans des décharges, lien avec les paquebots et porte-containers, les déplacements d’objets comme métaphores des déplacements humains, etc…
Sans trop forcer le signifiant de ses intitulés, Moffat Takadiwa livre, par endroits, une accointance entre titre et œuvre (A Dot qui modèle, effectivement, un gros point blanc sur fond noir, White Circle, voire la série des Zimbabwe Bird) mais, le plus souvent, c’est au visiteur de se figurer ce qu’il a devant lui, de se plonger dans des créations plus complexes que ce qu’une vision rapide pouvait laisser penser.
le 17/05/2024