Jessica Moss / Uriel Barthélémi & Hélène Breschand

 date du concert

17/05/2024

 salle

Café de Paris,
Paris

 tags

Café de Paris / Hélène Breschand / Jessica Moss / Sport National

 liens

Jessica Moss

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Actif depuis 2016, Sport National a investi, depuis une année environ, le Café de Paris, pour des plateaux assez intéressants mais dont nous n’avions pas rendu compte jusqu’alors, ne pouvant nous rendre à des concerts pourtant tout à fait recommandables (Hervé Boghossian et Seijiro Murayama, Julie Rousse ou Pointe du Lac, par exemple). Pour sa 54e soirée, le collectif a programmé (un peu au dernier moment, semble-t-il, puisque cette date n’apparaît pas sur son affiche de tournée) la venue de Jessica Moss, associée à des sets de Ben Shemie, autre Montréalais, et d’Uriel Barthélémi & Hélène Breschand.

Ben Shemie

Dos à la cinquantaine de personnes très concentrées et assises sur les banquettes latérales ou sur des chaises dans la salle du fond du Café de Paris, Ben Shemie (dont la carrière solo est possiblement davantage proche de nos préoccupations que celle au sein de Suuns) s’installa au pied de l’estrade, un micro en main, laissant quatre amplis en front de scène. Créant des petits larsens et des boucles en collant son micro à l’un ou l’autre des amplis, il lançait également quelques petites rythmiques et des notes de synthé depuis des séquenceurs et claviers disposés sur une table. Après quelques minutes, le Canadien passa au chant, en même temps qu’il se tourna vers le public, l’air très inspiré, voire pénétré, tandis que, musicalement, cela se densifiait un peu. De sa voix grave bien adaptée, cinq ou six chansons furent alors données dans ce registre, entrecoupées d’intermèdes instrumentaux, pour un set d’une cinquantaine de minutes possiblement un peu long.

Uriel Barthélémi & Hélène Breschand

Ce fut sur scène que se déroula le reste de la soirée, avec tout d’abord un duo français, formé par la harpiste Hélène Breschand et le batteur Uriel Barthélémi. Également dotée d’un micro et de plusieurs séquenceurs, la première posa quelques vocalises, avant de pincer les cordes de son instrument (au format moyen, posé sur une table) ou de les frotter avec plusieurs adjuvants (un archet, un petit objet à tête de poils colorés). La mise en boucle de notes graves, façon basse électrique, servit ensuite de tapis à des ajouts de textures sombres, issues de ses machines. De son côté, Uriel Barthélémi offrait des sons plutôt mats (caisse claire détimbrée, cymbales vites étouffées, grelots tout juste secoués, cadre revêtu d’un tissu) avant d’opter pour un jeu plus frénétique aux balais.

Un peu sombre et bien coordonné, l’ensemble donné par le duo se signala par leur capacité à ajouter des traitements divers : synthé modulaire pour lui, effets donnant un aspect de guitare électrique saturée à la harpe pour Hélène Breschand. En outre, les deux musiciens, dans un geste très expérimental, n’hésitaient pas à « préparer » leurs instruments : tissu et grelots posés sur les fûts, morceaux de carton coincés dans les cordes de la harpe.

Jessica Moss

Après cette proposition, et alors qu’il était déjà plus de 23h, Jessica Moss s’installa, débutant par quelques mots explicatifs, indiquant qu’elle allait livrer une pièce unique d’une quarantaine de minutes, travaillée par le deuil, laissant à chacun la possibilité de quitter la salle si souhaité, et rappelant combien elle était marquée, depuis le 7-octobre, et en tant que juive antisioniste, par la situation à Gaza. Commençant debout, avant de vite se mettre à genoux à terre, la Montréalaise y fut à l’aise pour manipuler plus facilement pédales et potentiomètres. Lui permettant de sampler ses interventions de violon, de créer des textures sombres et orageuses et de faire varier ses intensités, ces travaux aux pédales lui permirent de constituer un set, effectivement garni de chagrin, mais également empli de beauté et d’une véritable profondeur.

Quelques accents de musique klezmer se firent entendre dans les notes liées de violon, ou dans le caractère plaintif émanant parfois de son instrument, et des clochettes furent agitées pour conclure une prestation qui, au total, sonna comme la plus convaincante des trois vues jusqu’alors de cette musicienne à la sincérité et l’émotion touchantes.

François Bousquet
le 21/05/2024

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