07/06/2024
Le 104,
Paris
Pour clôturer sa (belle) saison de concerts, le GRM avait programmé une double séquence « Focus » au 104, au sein d’un des ateliers de la Halle Aubervilliers, avec scène centrale et rangées de sièges disposées en carré autour, au milieu des haut-parleurs de l’acousmonium. Si le programme proposait, comme à chaque fois, trois concerts et la diffusion d’une pièce de répertoire, celle-ci n’ouvrit pas les débats, gardant la position suivant l’entracte.
Ce fut donc Pierce Warnecke qui débuta, avec une vingtaine de minutes montant progressivement en charge. Combinant diverses sources provenant d’instruments à vents pré-enregistrés par des musiciens amis (Louis Laurain, Félicie Bazelaire, Sébastien Beliha, Rodolphe Loubatière, etc…), l’États-unien joua évidemment du dispositif de diffusion pour donner l’impression que ces matériaux venaient de partout, enveloppant peu à peu les auditeurs. Des frottements et craquements furent, ensuite, ajoutés aux souffles, éléments vites poussés à saturation, pour constituer un ensemble qui jouait parfaitement de la spatialisation même si l’apport personnel de Warnecke, au-delà de son rôle de rassembleur des énergies tierces, pouvait être un peu moins lisible.
Au sortir d’une résidence d’une quinzaine de jours au GRM, Jana Irmert put livrer un gros quart d’heure assez traditionnel des soirées curatées par le groupement de recherche musicale. Avec ses bruissements de feuilles, ses chants d’oiseaux et ses gouttes de pluie, sa documentation de la forêt amazonienne ressortait, typiquement, du registre qui se prête impeccablement à une diffusion sur l’acousmonium. Des sons plus stridents apparurent ensuite, interrogeant sur leur provenance : création électronique ou captation sylvestre ? En fin de morceau, des à-coups et mini-explosions se firent entendre : annonciateur de la destruction inéluctable de la forêt amazonienne ? Pour servir cette riche composition, les haut-parleurs suspendus (dont les fameux et iconiques globes rouges) étaient sollicités, accompagnés d’un jeu de lumière assez travaillé, découpant des rectangles blancs sur les murs de la salle.
La lumière vira au bleuté pour accueillir Electronic Stabile, pièce d’une demi-heure de Roland Kayn, diffusée par Jules Négrier et faite de sons métalliques et industriels. Pour terminer, place à Lisa Lerkenfeldt, assise derrière un piano droit et qui lança une petite boucle électronique sur laquelle elle plaçait des accords de piano épars, laissant la résonance et utilisant même un delay sur certains. Un réel sentiment de chaleur et de grande proximité avec la musique de l’Australienne se développa alors, accentué par la disposition d’ensemble et son positionnement central. Superposant délicatement ses accords, Lisa Lerkenfeldt conclut en intégrant des sons issus d’un magnétophone à bande, conservant néanmoins sa volonté de proposer quelque chose de très apaisé.
le 10/06/2024