(Hallow Ground, Präsens Editionen / Import)
18/10/2024
Rock

Ambient / Hallow Ground / Präsens Editionen / Samuel Reinhard
Sortie commune de deux labels de Lucerne (Hallow Ground, dont on recense toutes les publications depuis cinq ans, et Präsens Editionen, pour qui on a un regard plus distancié avec un seul EP chroniqué ici) possédant plusieurs artistes communs (Martina Lussi, Magda Drozd ou S S S S), cet album de Samuel Reinhard se présente sous des atours très mathématiques et très minimalistes. Ce double LP noir, dont chacune des faces dure très exactement vingt minutes, et se numérote basiquement (No. 1, No. 2, etc…), est servi par une pochette majoritairement blanche (hormis quelques lignes noires tracées à la main), pour une musique faite de notes de piano éparses et cotonneuses, tout juste accompagnées de quelques invités sur d’autres instruments.
Ceux-ci sont interprétés par des musiciens connus de nos pages (John Also Bennett à la flûte basse, Leila Bordreuil au violoncelle) ou que nous découvrons pour l’occasion (Michal Biel au saxophone baryton et Shelley Burgon à la harpe), et viennent majoritairement liant et corps aux lignes jouées par Samuel Reinhard. Le caractère très espacé des notes de piano laissent place à de véritables plages de respiration, dans lesquelles, outre la résonance du clavier, viennent se glisser ces instruments invités. La durée de chaque morceau permet de ne pas se soucier de cet espacement, et de laisser divaguer l’esprit, dans une forme d’alanguissement certain. Ce type de procédé peut parfois conférer à de la posture, incitant le public à bien apprécier la délicatesse du geste et la grâce du toucher, mais ici, on y lit plutôt une recherche de quelque chose de très profond, engageant l’auditeur à lui-même plonger en introspection.
Assez logiquement, trois des quatre instruments invités opérant dans un registre plutôt grave, leurs apports équilibrent « par le bas » les notes de clavier jouées principalement dans les médiums. Parmi ces convives, c’est possiblement le violoncelle de Leila Bordreuil qui se montre le plus identifiable, les autres confectionnant ce qui s’apparente davantage à un bourdon d’arrière-plan, tandis que le Suisse, basé à New-York, paraît réitérer les mêmes mesures détachées et distantes. Pour une fois, l’écoute en version numérique est peut-être préférable, avec l’enchaînement des quatre pistes qu’elle rend possible, à l’inverse de celle sur LP, qui « fragmente » (si on peut dire, puisqu’il ne s’agit que de coupures ayant lieu toutes les vingt minutes) le continuum voulu par Reinhard. Celui-ci, au fur et à mesure de l’écoute, emporte adhésion et intérêt, et dévoile même une incontestable beauté, qui point à la faveur de l’arrivée d’une note de piano ou d’un glissé d’archet.
le 12/12/2024