Electric Op

 date

du 04/04/2025 au 31/08/2025

 salle

Musée d’Arts,
Nantes

 appréciation
 tags

Angela Bulloch / Bridget Riley / François Morellet / Jesús Rafael Soto / Julio Le Parc / Musée d’Arts / Nicolas Chardon / Ryoji Ikeda / Vera Molnár

 liens

Ryoji Ikeda
Musée d’Arts

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Un peu comme pour Hyper Sensible. Un Regard sur la Sculpture Hyperréaliste, donné il y a deux étés, Electric Op permet au Musée d’Arts de Nantes de présenter une vue en coupe d’un mouvement artistique qui connaît un regain d’intérêt depuis quelque temps. Montée avec le Buffalo AKG Art Museum qui l’a accueilli auparavant, cette exposition ne bouscule pas forcément les certitudes en la matière, mais se présente comme un bon panorama de l’art optique, d’autant plus qu’avec son accrochage globalement chronologique, mais en même temps thématisé, elle sait aller plus loin que les noms attendus pour présenter des œuvres très contemporaines ou numériques, et tracer des ponts entre art optique et art numérique.

Leroy Lamis - Construction 31-II
(courtesy Buffalo AKG Art Museum)

Débutant après la seconde guerre mondiale, le parcours fait, dans un premier temps, la part belle à tous les plasticiens fondateurs de l’op art, parfois membres de groupes comme ZERO ou le GRAV (Groupe de Recherche d’Art Visuel) : Julio Le Parc, François Morellet, Véra Molnár, Bridget Riley, Jesús Rafael Soto, Victor Vasarely…. En amateur de cet art graphique et géométrique, ce n’est pas ici qu’on fit des découvertes (d’autant plus que plusieurs œuvres sont prêtées par le Musée national d’art moderne, et avaient été montrées au Centre Pompidou plus ou moins récemment), mais, davantage que le simple enthousiasme de retrouver des compositions largement appréciées, la mise en perspective de toutes ces créations présente une portée saisissante. De fait, le regard se trouve sans cesse sollicité, avec la volonté de ne pas se limiter à l’effet vibratoire né de la présence contigüe des lignes et courbes, ou les fréquentes illusions d’optiques, mais aussi de souligner l’apparition de moiré issu des contrastes ou superpositions. En outre, l’exposition dépeint bien les recherches faites par tous ces artistes, en questionnement permanent, à la fois sur leurs supports (toile pour la plupart d’entre eux, mais aussi plexiglas pour les cubes imbriqués de Leroy Lamis ou acier inoxydable pour la sculpture de Nicolas Schöffer…) et sur la manière de concevoir leurs réalisations.

Angela Bulloch - Disco Floor_Bootleg : 16
(courtesy Musée d’Arts de Nantes)

Adoptant ainsi progressivement les nouvelles technologies, avec un recours à l’ordinateur pour la programmation de leurs œuvres, les plasticiens s’amusent avec leurs systèmes, traçant, par exemple, des parallèles entre binarité du code informatique et ce noir et blanc qu’on retrouve bien souvent comme matrice de leurs créations, ou allant du carré peint au pixel tracé à l’informatique. Quand il s’agit de passer au tout-numérique, Ryoji Ikeda ou Casey Reas peuvent alors croiser aisément travail formel et recherche graphique, avec des suites rapides de points, de lignes et de traits. Si le lien avec la musique électronique n’est pas complètement fait quand data.tron du Japonais est exposé (un de ses morceaux iconiques aurait pu aisément être diffusé en soutien), on retrouve cette interaction à la fin de l’exposition, avec la série de cubes Disco Floor_Bootleg : 16 d’Angela Bulloch (qui, en 2022, avait magnifiquement occupé ce même patio), posés au sol et qui s’allument de couleur au rythme de la ligne de basse du Good Times de Chic.

Nicolas Chardon - Cible losange
(courtesy Musée d’Arts de Nantes)

Au-delà de ces créations intégralement ou partiellement numériques, des artistes d’aujourd’hui peuvent poursuivre le fil de l’op art avec des propositions purement picturales, à l’image de la Cible Losange de Nicolas Chardon, belle variation noire et blanche, autour de rectangles concentriques imbriqués dans un losange. Plus encore, Douglas Copland tient impeccablement les deux rênes de l’exposition, son I Miss My Pre-Internet Brain se présentant tel un QR-code coloré, conviant l’œil à regarder un peu partout, mais qui se scanne aussi pour accéder à une page internet reprenant l’intitulé de l’œuvre.

Au soutien de cette rétrospective stimulante, pensée par la commissaire Salomé van Eynde, la scénographie se montre, une nouvelle fois dans ce patio du Musée d’Arts, parfaitement adaptée : cimaises assez évidemment noires et blanches, mais aussi disposition d’ensemble réservant un espace central (intitulé « le Labo ») dans lequel le public est invité à interagir plus directement avec certaines œuvres. Car, assurément, les arts cinétique, optique ou numérique, s’avèrent des arts à appréhender directement.

François Bousquet
le 08/08/2025

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