(False Walls / Import)
18/07/2025
Rock

Acoustique / Astrïd / False Walls / Post-Rock / Sylvain Chauveau
L’exercice de la reprise de chansons pop ou rock est une pratique très ancienne pour Sylvain Chauveau : Down To The Bone (relecture de morceaux de Depeche Mode, avec l’Ensemble Nocturne) a vingt ans et cela fait à peu près aussi longtemps qu’on le voit réinterpréter, en concert, Low, Bruce Springsteen, Thom Yorke, Jacques Brel ou Kate Bush. Précisément, le Running Up That Hill de l’Étatsunienne fait partie du panorama que le Français nous propose pour ce nouvel album, réalisé en compagnie d’Astrïd, formation avec laquelle il entretient d’étroits rapports puisqu’un précédent album, paru en 2014, les avait vu collaborer, et que Chauveau a aussi publié un disque avec Cyril Secq, membre du groupe nantais. Ce dernier ayant connu un drame avec le décès de Guillaume Wickel, on pensait ne plus jamais entendre sa clarinette profonde et chaude, et c’est donc avec émotion qu’on la retrouve ici, le disque ayant été enregistré avant sa disparition en 2022.
Cette présence, combinée au timbre tout aussi chaud de Sylvain Chauveau, permet de magnifier l’exercice, dans un contexte où, en toute hypothèse, les Français optent pour un travail de décalage (déjà induit par le changement de genre de l’interprète des chansons), concentré sur les textes et la mélodie chantée, laissant de côté les instrumentations et la production parfois chargées des originaux, comme leurs traitements vocaux, au profit d’un éventail allant de l’offre acoustique aux confins du post-rock. Typiquement, Video Games trouve une gravité et une délicatesse dans sa combinaison arpèges de guitare acoustique-clarinette et son travail sur la retenue et la suspension mises entre deux phrases chantées. Impeccable ouverture, cette relecture du tube de Lana Del Rey précède l’entrée de la batterie d’Yvan Ros sur le Machine Gun de Portishead, plus rêche et tendu, traversé par des traits de guitare électrique.
Plus loin, le violon de Vanina Andréani et le piano soutiennent amplement le chant de Chauveau reprenant Dambala de Nina Simone, avant l’arrivée de la batterie et d’autres instruments, pour une seconde moitié qu’on qualifiera de post-folk. Approche un peu similaire pour la réinterprétation d’Everything Is Free de Gillian Welch, avec des trémolos et la batterie qui permettent d’emporter un début uniquement tenu par le chant et des accords de piano électrique et harmonium. Faisant partie des morceaux les plus repris au monde, Bang Bang de Nancy Sinatra conserve son tempo lent, mais prend des atours encore plus étirés, grâce à un tapis clarinette-violon, tandis qu’un Glockenspiel fait résonner ses accords sur le refrain, manière, là aussi, d’appuyer différemment sur les onomatopées tueuses.
Étendu sur plus de sept minutes, ce titre préfigure, d’une certaine façon, Running Up That Hill, placé en fin de disque et qui s’autorise une durée de… plus d’un quart d’heure. Son début nous est vite familier : accords pincés de guitare acoustique, mélodie reconnaissable, chant allant chercher dans les graves, notes perlées de Glockenspiel et métallophone sur le refrain. Au moment d’aborder le pont, la clarinette apparaît et laisse imaginer une nouvelle progression dans la même veine que les précédents titres. Mais les cinq musiciens y préfèrent une dizaine de minutes de divagation, bercée par des accords doucement posés et des suites de notes cotonneuses du piano électrique, conclusion irréprochable et très intègre d’un album pleinement convaincant.
le 21/08/2025