du 20/06/2025 au 16/11/2025
Le Bal,
Paris
Poursuivant son travail de réflexion autour de l’image contemporaine et des enjeux sociétaux et politiques qu’elle peut incarner, Le Bal s’est tourné vers la figure de Donna Gottschalk, États-Unienne née en 1949 et qui, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, documenta le milieu lesbien de New-York et San Francisco. Vues par le truchement de la rencontre entre la photographe et l’écrivaine Hélène Giannecchini (qui a presque quarante ans de moins que Gottschalk), les séries de clichés exposées dans le lieu parisien suivent une forme de narration littéraire, chaque segment débutant par un panneau sur lequel un long texte est imprimé à la façon d’un début de chapitre d’un roman. Écrites à la première personne par Giannecchini, ces ouvertures racontent un passage de la vie de son aînée, dans une retranscription fidèle de leurs échanges.
Le cheminement se fait alors aussi bien chronologique que personnel car on chemine avec Donna Gottschalk qui, installée dans un appartement d’Alphabet City, y accueille amies et jeunes femmes mises dehors par leurs familles en raison de leur orientation sexuelle. Entre phalanstère et gynécée, son logement sert aussi de studio pour ses photographies, toutes prises en noir et blanc, toutes en intérieur, toutes cadrées assez serrées, dans une recherche assumée (dès le titre de l’exposition) d’intimité et de complicité avec son sujet. Tout juste des affiches du GLF (Gay Liberation Front) ou clamant « Lesbians Unite » apparaissent-elles parfois bord-cadre, rappelant quel est l’objet de certaines manifestations dont des témoignages sont aussi rendus. Joie et douceur, tendresse et amitié sourdent ainsi des prises de vue de l’États-Unienne, au grain plutôt ouaté et à la composition posée mais n’en donnant guère l’impression.
La mise en espace avec son accrochage à hauteur des yeux, ses cloisons diagonales segmentant la grande salle du sous-sol du Bal, ses teintes noires, blanches et vertes pastel des murs, ses fines baguettes en acier brossé et ses passe-partouts étroits renforce ce sentiment de proximité, jusqu’à apercevoir, au détour d’un mur, quasi-seule photo en couleur de l’ensemble, le frère de Donna Gottschalk, saisi avec des coquards aux yeux, victime d’une agression homophobe. Le regard du visiteur évolue alors, en même temps qu’on bascule dans l’époque post-émeutes de Stonewall et que la jeune femme préfère, dans ce contexte, quitter New-York pour s’installer à San Francisco. Épousant cette translation, son travail se situera davantage en extérieur, pour continuer à rendre compte de cette communauté et de faire famille.
le 05/09/2025