Soulages, une Autre Lumière

 date

du 17/09/2025 au 11/01/2026

 salle

Musée du Luxembourg,
Paris

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Musée du Luxembourg

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Musée du Luxembourg

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Largement reconnu en France et à l’étranger, Pierre Soulages y est également célébré par les différentes institutions, au-delà du musée qui porte son nom à Rodez. On se souvient, ainsi, de la grande rétrospective que lui consacra le Centre Pompidou en 2010-2011, dont ces pages n’avaient pas rendu compte alors, marquée par de très grandes toiles suspendues au plafond, comme flottant dans l’air à quelques centimètres du sol. Si cette monographie se voulait panoramique, c’est surtout le travail sur le fameux « outrenoir » du peintre qui, de mémoire, était mis en valeur. Avec Une autre lumière, le Musée du Luxembourg annonce, d’emblée, vouloir se consacrer à un autre pan de sa carrière.

Après deux portraits d’homme pour ouvrir l’exposition, place, en effet, à l’abstraction et aux travaux réalisés au brou de noix, directement sur papier. Données tout d’abord à grands et larges traits, sans motifs géométriques, les œuvres de Pierre Soulages bénéficient de la teinte spécifique de cette matière première, aux tons de marron, qui ressortent d’autant plus que le papier d’origine a jauni avec les décennies. Dans les années 1950, le travail au couteau conduit le trait à s’affiner un peu et à se structurer tandis qu’en parallèle, le passage à l’encre de chine apporte un effet matière très intéressant : coulures, épaisseur, présence de gouttes d’encre. Poursuivant le parcours chronologique, toujours un peu rapide au Musée du Luxembourg (le cheminement ne prend pas un temps démesuré, et l’espace dévolu aux sept salles n’est pas immense, car il faut laisser une bonne place à la boutique), on relève que plusieurs papiers marouflés sur toile sont accrochés au mur, « trichant » un peu avec la promesse du pur tout-papier. On arrive ensuite au début des années 1960 quand le travail du Français se sérialise, notamment avec une sorte d’étoile répétée, tracée dans un noir plus ou moins intense, obtenu grâce à la technique du lavis. La décennie suivante le voit aborder des traits plus larges et plus géométriques, avec la mise en place d’un rythme (entre les peintures, ou au sein même d’une avec ce quadriptyque de 1977 et ses quatre gouaches sur un seul panneau) et la simplification du geste. Du bleu peut même parer le fond de certaines créations.

Encre sur papier marouflé sur toile 75,4 x 54,5 cm
(courtesy Musée Soulages, Rodez)

Ces effets de rythme se montrent encore plus forts dans les années 1990 et 2000, singulièrement avec le travail par empreinte et arrachage, qui produit un symbolisme assez saisissant. Apparaissent, en positif ou en creux, de possibles barbelés, des formes de scarifications, un simili-séquençage ADN ou des notes de piano stylisé (sur deux magnifiques propositions, dont une avait servi d’affiche à la première édition du festival musical Variations de Nantes, en 2017). Ces surimpressions procèdent parfois de l’usage de la mine de plomb, dont l’action invite à se plonger davantage dans l’ « outrenoir », et à se laisser imprégner de l’œuvre de celui qui, au total, aura réussi à évoluer en conservant une cohérence certaine. Au service de ses peintures, des encadrements très variés sont ici utilisés : baguettes blanches, noires ou marrons, en bois brut ou aluminium, encadrement avec ou sans passepartout, baguette droite ou biseautée, disposition avec ou sans verre protecteur, etc... Cette absence d’unité souligne encore la diversité, non évidemment intuitive, de l’œuvre de Soulages.

François Bousquet
le 05/01/2026