Minimal

 date

du 08/10/2025 au 19/01/2026

 salle

Bourse de Commerce,
Paris

 appréciation
 tags

Bourse de Commerce / Dan Flavin / Donald Judd / Félix González-Torres / François Morellet / On Kawara / Pauline Oliveros / Richard Serra / Sol LeWitt / Steve Reich

 liens

Pauline Oliveros
Bourse de Commerce

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Dès son titre, Minimal annonce le positionnement de cette grande rétrospective occupant l’ensemble des espaces de la Bourse du Commerce : s’attacher au geste (avec cette préférence pour l’adjectif) plutôt qu’au mouvement artistique (« minimalisme ») et ses artistes traditionnellement cités, et faire montre de simplicité (un simple mot) plutôt que d’emphase. De fait, Jessica Morgan, directrice de la Dia Art Foundation et chargée du commissariat de l’exposition, assume ces partis pris, au long d’un parcours thématique, marqué par sept séquences (« équilibre », « grille », « monochrome », « matérialisme »…) et quatre focus individuels (Agnes Martin, Lygia Pape, On Kawara avec une nouvelle série de panneaux-dates et Meg Webster). Autre vrai choix, celui de montrer des artistes moins immédiatement identifiés, féminines ou venus de continents autre que le nord-américain.

Vue de l’exposition - oeuvres de Meg Webster

Toutefois, Minimal souffre aussi des limites habituelles des expositions en Fondation, et singulièrement chez François Pinault : défaut de point de vue ou de propos sur les œuvres ou le mouvement artistique, au profit d’une sorte de panorama qui se trouve incomplet en l’absence, par exemple, de sculptures des pionniers (Carl Andre, Robert Morris ou Tony Smith), et quelques confusions à vouloir trop classer les créations par thèmes (une grille se trouve, ainsi, dans la section « monochrome »). De plus, les lieux pâtissent de la difficile conciliation de la foule (toujours aussi internationale et lookée) et de créations fragiles ou posées à même le sol (les bonbons de Félix González-Torres qu’on peut à peine voir, le dôme de terre de Meg Webster qui reçoit quelques coups de pied des enfants passant à proximité).

Lygia Pape - Ttéia 1
(courtesy Projeto Lygia Pape)

Pour autant, en adeptes de l’art minimal, il nous faut reconnaître de vraies satisfactions et plusieurs bonheurs au contact de certaines œuvres. Ainsi en est-il de la section « lumière » (judicieusement placée au sous-sol, afin de pas être parasitée par l’éclairage naturel) avec ses néons de Dan Flavin (alternate diagonals of March 2, 1964 (to Don Judd) et “monument” for V. Tatlin), Chryssa ou François Morellet (Néons 0°, 45°, 90°, 135° avec 4 rythmes interférents). Dans les étages, le focus fait sur le « Mono-Ha », cette forme de déclinaison japonaise du minimalisme permet de découvrir plusieurs plasticiens, dont Susumu Koshimizu et ses tétraèdres aux reflets cuivrés. Les propositions formelles de Richard Serra (Right Angle Prop avec ses deux lourds éléments métalliques qui prennent des atours très légers par la simplicité de l’équilibre entre eux), Donald Judd (un volume s’apparentant à un banc public, mais aux angles acérés et aux couleurs orange et noir) et Sol LeWitt (une suite d’arcs de cercle colorés tracés au stylo-bille) confirment le statut de leurs auteurs. Plus encore, les deux salles consacrées à Lygia Pape donnent notamment à voir l’exceptionnelle installation Ttéia 1, suites de colonnes de fils dorés faiblement éclairés, si bien qu’on ne sait plus si c’est la lumière qui sculpte l’espace et ses cordelettes ou bien l’inverse.

À l’image de cette installation, les œuvres présentées engagent régulièrement le spectateur qui doit souvent dépasser son premier regard pour aller cherche autre chose : le matériau qu’on croit voir n’est pas celui qu’on imagine (de la cire qui passe pour de la glace, par exemple), il est parfois nécessaire de plisser les yeux pour départir deux couleurs juxtaposées sur une toile ou de faire un tour autour de la création pour en découvrir tous les contours, ou il est enfin possible d’emporter un fragment des bonbons de Félix González-Torres. De même, des bornes d’écoute scandent le parcours, permettant d’entendre quelques pièces de Steve Reich, Yoshi Wada ou Pauline Oliveros. La visite est donc très riche, possiblement trop (on n’a pas tout retenu, et on se retrouve à mentionner, ici, que quelques artistes seulement), ce qui confirme le sentiment qu’une sélection et un angle plus affirmés auraient pu être bénéfiques.

François Bousquet
le 09/01/2026

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