Gérard Watkins
du 04/02/2026 au 15/02/2026
Théâtre Gérard-Philipe,
Saint-Denis
Un argument très drolatique avait motivé notre venue au Théâtre Gérard-Philipe : un couple de quadras parisien installé dans les Yvelines reçoit un appel leur indiquant qu’ayant acheté, il y a dix ans, une table de jardin en iroko (un bois rare et précieux du Congo), ils sont tenus, par les fameuses conditions générales de vente (que personne ne lit), d’accueillir un habitant de la forêt équatoriale de ce pays pendant onze jours et dix nuits. Sur ce point de départ, Gérard Watkins tisse une sorte de fable marquée par certains accents drolatiques, mécanismes attendus de ce motif classique de l’individu qui vient perturber l’ordonnancement d’un foyer familial.
Cependant, une fois donnée une situation dans laquelle Darius s’étonne face aux spécificités occidentales et que sa présence facilite la verbalisation au sein du couple, voire se fait révélatrice de certains non-dits, les ressorts se répètent, prévisibles et moins percutants. Le rite du repas devant le journal télévisé, le besoin incessant de protection (scène très réussie sur les différents assurances contractées par le couple : assurance-décès, assurance-vie, mutuelle, prévoyance, assurance responsabilité civile), les tabous familiaux se trouvent, par exemple, au centre de tableaux successifs, joués alternativement dans le jardin ou le salon du pavillon de grande banlieue, les deux étant en permanence à vue, dans une scénographie assez maligne, installée de trois-quarts, comme dans un jeu vidéo type « Les Sims ».
Plus encore, les personnages s’avèrent trop vite stéréotypés : Arnaud aime le foot, va en moto au bureau où il possède une belle situation ; Fabienne travaille dans la communication, de chez elle, regrette son chien et se montre pieuse ; Darius invoque, entre mysticisme et chamanisme, l’esprit de la forêt. Si le principe de la fable farcesque, et de tout comique, est, à l’évidence de jouer sur ces clichés, on peut aussi regretter que le spectacle, cherchant initialement à s’en moquer, finit un peu par les reproduire. Reste que Darius, en ethnologue, vient effectivement réaliser une enquête sur le mode de vie de ce couple petit-bourgeois et sait moquer, en creux, des travers qui sont assurément les nôtres, sans trop forcer, en parallèle, la culpabilisation des nationaux d’un pays colonisateur.
le 10/02/2026