(Black Knoll / Import)
06/02/2026
Rock

Ambient / Black Knoll / Rafael Anton Irisarri / The Sight Below
Ainsi qu’on le relevait à l’occasion de la chronique de FAÇADISMS, publié il y a un an et demi, Rafael Anton Irisarri alterne disques enregistrés tout seul et albums sur lesquels il convie quelques invités. Après ce long-format où Julia Kent, KMRU, Yamila ou Hannah Elizabeth Cox intervenaient, c’est donc avec une proposition solo que l’Étatsunien revient (pas complètement solo toutefois, on y reviendra), enregistrée dans un ancien hôpital psychiatrique d’Utrecht, dont Irisarri indique que l’air encore chargé des vies passées dans son enceinte a irrigué ses quatre longues compositions.
Néanmoins, en lieu et place de quelque chose de torturé, ou de trop lourd émotionnellement, Points Of Inaccessibility sonne comme assez simple dans son exécution et, surtout, diablement émouvant. Les nappes de guitare, obtenues par un jeu à l’archet, proposées par le musicien emplissent ainsi rapidement l’espace sonore, dans des superpositions captivantes, touchant presqu’aux larmes lorsqu’on pensait qu’elles avaient déjà atteint une acmé étincelante mais qu’elles savent rajouter une couche supplémentaire, tels ces traits de distorsion entrant au milieu de Faded Ghosts Of Clouds ou Breaking The Unison.
Avec ce schéma ainsi reproduit, aux plages de tension (la seconde moitié des morceaux) succèdent des moments de (relatif) répit (la première moitié des morceaux suivants), permettant à l’auditeur de bénéficier de quelques minutes pour se ressourcer avant de repartir dans une vague émotionnelle. Techniquement parlant, les six-cordes sont donc jouées à l’archet, de telle sorte qu’on croirait, régulièrement (et surtout en début de morceaux), entendre, à la place d’une guitare, un violoncelle, voire un ensemble à cordes (Memory Strands, morceau conclusif et possiblement un peu en-dessous des trois autres). L’indistinction ainsi générée participe de la perte de sens général perçu à l’écoute de l’album, comme s’il fallait se laisser porter, et submerger, plutôt que de vouloir en décortiquer les matériaux.
Bien qu’enregistré dans un bâtiment, donc, Points Of Inaccessibility ne se fait pas sourd au monde extérieur, introduit par quelques captations, en début ou fin de titre (pépiements d’oiseaux, discussions diverses), ou bien invitant Karen Vogt à poser ses vocalises sur Signals From A Distant Afterglow. L’Australienne basée à Paris paraît, alors, convoquer les spectres des anciens internés du Pieter Baan Centre, confirmant la charge symbolique du propos d’ensemble de cet album. À chaque publication, ou presque, de Rafael Anton Irisarri, on a l’impression de répéter qu’il s’agit d’une nouvelle station très convaincante dans une discographie de grande qualité mais, avec ce disque-ci, on tient possiblement son point le plus haut.
le 12/03/2026