du 17/02/2026 au 18/04/2026
Fondation d’entreprise Ricard,
Paris
Dix ans d’écart entre les deux plasticiennes exposées en même temps à la Fondation d’entreprise Ricard, mais la même volonté de travailler autour du rêve et des échos que ces moments peuvent avoir sur nos vies et relations. Si le cheminement dans l’espace d’exposition nous conduit à appréhender d’abord les œuvres d’Amie Barouh, puis celles de Chloé Quenum (dans une déambulation contrainte, serpentant dans la Fondation, sans possibilité de déroger à la progression voulue par la scénographie), le fil conducteur reste tenu par les Françaises, au travers d’œuvres vidéo, de dessins, photographies ou impressions 3D.
Dès l’entrée, on sent, d’ailleurs, que la scénographie va servir le propos : draps lourds pour masquer les grandes baies vitrées et créer un sas avec le hall et le café, superposition de la vidéo d’Amie Barouh (diffusée aussi bien sur un écran, sur son envers, au sol ou sur un miroir) et de ses sous-titres (projetés sur l’écran, au sol ou, à l’envers, dans le miroir) qui troublent les repères. Le visiteur se trouve alors dans un espace un peu indistinct, éprouvant quelques difficultés à saisir les images considérées, à fixer son regard et à démêler les couches visuelles. Évidemment associée au rêve, cette sensation est redoublée par le sujet de la vidéo, attachée à une reconstitution de songes, décryptée par une voyante japonaise.
Dans le couloir interstitiel, on bascule vers les créations de Chloé Quenum en commençant par Black Cinderella, peinture murale qui dialogue avec l’espace, représentant la verrière, les trains, les poteaux et la structure métallique de la Gare Saint-Lazare telle qu’on l’aperçoit par la baie vitrée de la salle suivante. Floue dans sa partie gauche, cette peinture se fait plus nette dans son autre moitié, telle une pensée qui se fixerait doucement. Parvenu dans la dernière pièce, on est (faussement) invité, par des tapis et oreillers imprimés en 3D sur matériau thermoplastique, à adopter la position qui permettrait de retrouver ce point de vue. Comme les autres modules sculpturaux de cette salle, ces tapis et oreillers sont équipés, en leurs seins, de détecteurs de mouvement pour s’allumer à l’approche du public, comme si ces œuvres quittaient leurs propres rêves. D’autres images de la Française, qu’on avait croisée il y a une petite quinzaine d’années, ayant été sélectionnée alors pour le défunt Prix de la Fondation Ricard, se trouvent suréclairées par les lumières du lieu (Out of the Blue). Elles se font alors moins perceptibles ; comme les rêves, en fait…
le 06/03/2026