du 18/01/2026 au 22/03/2026
Crédac,
Ivry-sur-Seine
Pas forcément très porté sur le design d’ordinaire, le Crédac a fait le pari que la rencontre entre un artisan de ce registre et une plasticienne pourrait donner quelque chose de très intéressant. En sélectionnant, avec Pierre Charpin et Nathalie Du Pasquier, deux artistes qui se connaissent depuis une trentaine d’années, s’apprécient mutuellement, mais n’avaient jamais travaillé ensemble, le centre d’art prenait, toutefois, un risque plutôt mesuré. De la même génération, les deux créateurs démontrent un même goût pour les lignes, les formes et les couleurs, dans un esprit assez léger et qui trouve, ici, matière à une exposition tout à fait réjouissante.
Si Nathalie Du Pasquier nous est connue (et appréciée) de longue date, le nom de Pierre Charpin ne nous avait pas marqué, alors que ses objets peuvent nous être familiers (la carafe d’eau de la ville de Paris est, par exemple, rangée dans notre placard). Précisément, les œuvres et objets présentés au Crédac font rapidement état d’une grande familiarité, résultant de l’utilisation de couleurs franches en aplat, de l’attention portée aux lignes, assez simples et claires, et à ces formes souvent généreuses. À ce titre, on relèvera le récurrent motif du cylindre, dans des lampes, vases, carafes, et même au milieu de l’étagère Pinocchio, manifestation d’une volonté d’inventer des ustensiles évidents, facilement préhensibles et manipulables. En écho, les peintures de Nathalie Du Pasquier témoignent d’une approche directe, avec une force de l’évidence tenant à leur lignée moderniste, au travail sur la ligne de fuite, ou sur la constitution d’assemblages quasi-ludiques (Una Stanza Bianco Perla, cette petite cabane aux murs peints)
Ces qualités respectives relatées, il faut aussi mettre en lumière la conversation entre les œuvres, échange né de la mise en espace davantage que d’une réflexion lors de leurs créations. Dans les trois salles du centre d’art ivryen, concordances et résonances se font ainsi jour : une échelle de Pierre Charpin permet d’atteindre un intérieur mansardé de Du Pasquier, un sandow sur un porte-bagage de vélo peint par cette dernière (My Bicycle Is Loaded) voisine avec un élastique entourant une petite composition en bois, éponge et charbon de Charpin, etc… Quand la plasticienne du groupe Memphis se lance dans des peintures d’objets du quotidien (râpe à fromage, pince, verre de table, téléphone portable, gobelet…) dans des natures mortes au format démesuré, pas forcément très convaincantes au demeurant, son regard paraît alors pencher vers le design et sa dimension utilitariste.
Plus encore, on a même l’impression que les œuvres s’amusent à tromper le visiteur, se faisant passer pour une création de l’autre artiste : ces quatre Broderies sur torchon de Charpin, avec leurs formes géométriques, paraissent être des études de Du Pasquier, tandis que cette petite sculpture en bois de cette dernière semble être un objet du designer, et que cette Table à manger 12-12 et cette étagère aux arêtes marquées de Charpin ne dépareraient pas sur une toile de la peintre. Dans les grandes salles baignées de lumière du Crédac, c’est donc un dialogue aussi allègre qu’enthousiasmant qui se joue entre ces sexagénaires à la belle vigueur.
le 17/03/2026