(InFiné / Bigwax Distribution)
20/02/2026
Rock

En découvrant, il y a un peu moins d’un an, le programme de la saison 2025-2026 de la Philharmonie de Paris, joie et surprise nous saisirent en apprenant que Julianna Barwick et Mary Lattimore allaient y présenter un concert commun. Suivies de longue date sur ces pages, les États-uniennes ont choisi ce lieu parisien car, début 2025, elles avaient eu l’occasion, dans le cadre d’une résidence, d’avoir accès au Musée de la Musique, pour en sélectionner quelques instruments, utilisés pour enregistrer un album en duo. En parallèle de la chronique de ce concert, voici venu le moment de rendre compte de cet enregistrement, publié sur InFiné, label français qui, précisément, collabore depuis une dizaine d’années avec le Musée de la Musique.
Cinq harpes sont, sur la quarantaine de minutes que dure Tragic Magic, jouées par Mary Lattimore tandis que Julianna Barwick opère sur deux synthétiseurs analogiques (ces sept adjuvants étant photographiés en majesté dans le livret). Les premiers instruments s’avèrent, naturellement, plus anciens que les seconds, remontant jusqu’au XVIIIe siècle, période qui semble également avoir inspiré les musiciennes pour l’esthétique de l’album, façon « carte du tendre » avec ses visuels sylvestres et leurs portraits en tenue un peu féériques. Comme souvent avec les disques de Mary Lattimore, l’aspect mélodique de ses compositions se fait assez marquant, le Perpetual Adoration d’ouverture donnant immédiatement le ton à cet égard, sa harpe venant soutenir les vocalises de sa comparse, affublées d’un écho prononcé.
Plus loin, il s’agira fréquemment de superposer ces dernières aux déliés de harpe, dans des climats célestes et presque transparents, au sens où la lumière semble largement passer au travers des lignes musicales et des contributions vocales. Peu de basses sont ainsi sollicitées et les interventions de synthé ne donnent que très rarement lieu à saturations ou travaux filtrés, préférant reprendre des mesures précédemment jouées par la harpe (Haze With No Haze) ou offrir quelques mesures chromatiques propres (Melted Moon). Citons toutefois Stardust, dans lequel Julianna Barwick place ses accords de synthé un peu au-dessus, avec une coloration assez rétrofuturiste dans leurs tonalités et une forme de cadencement introduite au milieu du morceau, pour une approche variant avec le reste de l’album.
Aux côtés de leurs compositions originales, une reprise de Rachel’s Song (écrit par Vangelis pour la bande-originale de Blade Runner) est positionnée sur le disque. Un peu littérale, cette relecture conserve tous les atours du titre initial : vocalise féminine éthérée, instrumentation liquide, évanescence de l’ensemble et impression d’être dans un état entre rêve et réalité. En comparaison, sur leurs propres morceaux, les attaques de harpe nous paraissent plus franches, comme si elles étaient pleinement assumées, amenant même Mary Lattimore à faire sonner un de ses instruments de manière très métallique, tel un clavecin (Temple of the Winds, composé par Roger Eno).
Possiblement trop court, Tragic Magic suit toutefois une bonne progression, les deux derniers morceaux étant certainement, avec le premier, les plus convaincants du disque, trouvant, dans leurs durées (ces deux titres caudaux dépassent les sept minutes), matière à tisser des assemblages de toute beauté.
le 04/05/2026