31/03/2026
Dynamo,
Pantin
En ouverture de la deuxième semaine de Banlieues Bleues, au sein d’une programmation toujours aussi bigarrée, la Dynamo offrait un plateau ouvertement orienté vers l’électronique, la découverte et l’expérimental. Face à ce qui s’éloigne clairement d’une proposition jazz traditionnelle, confirmation de la volonté fureteuse du festival séquano-dyonisien, un public curieux s’installa dans la salle de Pantin, disposée en configuration debout avec estrade placée au fond de l’espace, en face des portes d’entrée, pour assister à trois concerts successifs, débutant peu après 20h30.
Croisée par le passé aux côtés d’autres musiciens, et au nom récurrent dans les programmes de salles de musique expérimentale, Claire Gapenne venait à Banlieues Bleues présenter son projet Terrine, œuvre solo tournée vers les glitchs et cut-ups, faite de sons aiguisés, d’à-coups sourds et de grésillements. Entre electronica glitch et musique industrielle minimaliste, son concert se situa, par endroits, à la limite de l’aridité, contrebalancé par sa présence physique. Installée en contrebas de l’estrade, la Française se balançait, effectivement, d’un pied sur l’autre, debout derrière ses tréteaux et machines, au milieu de la fosse. Investie dans son set d’une grosse demi-heure, Claire Gapenne livra un dernier titre plus rythmé, avec même quelques bribes mélodiques provenant de la répétition de « gongs » issus d’une cloche ou d’un bol en étain. Plutôt conforme à ce qu’on en avait imaginé a priori, cette prestation avait possiblement davantage sa place aux Instants Chavirés, mais traduisait donc bien le souhait d’ouverture de Banlieues Bleues.
Enchaîné rapidement (tout le matériel était prêt, sur l’estrade), le concert de Frantx se situa dans un registre beaucoup plus bruitiste et orchestré. Quatuor franco-italien, le groupe mêlait électronique, batterie, guitare électrique et tuba, pour un résultat entre rock et improvisation, avec quelques inflexions free-jazz dans le jeu de batterie ou du fait de la présence du tuba de Fanny Meteier. Des samples parlés en italien, captations d’ambiances d’un café, cris dans le micro ou voix passée au vocoder accompagnaient les instruments, pour des productions résolument chargées et foutraques. Accordées à ce parti pris, les tenues bariolées (un maillot de la Juventus Turin, par exemple) ou argentées des membres du groupe donnèrent également le ton, tandis que leurs compositions pouvaient aussi s’égarer dans des accents free-rock, avec breaks de guitare et de batterie.
Le temps de débarrasser la scène après cette petite heure, Rojin Sharafi put s’installer vers 22h30, en format quatuor elle aussi. Venue d’Iran, la jeune femme avait convié trois musiciens autour d’elle, pour élargir encore davantage sa palette, avec Omid Darvish (autre Iranien) au chant, d’une voix grave et caverneuse, presque de gorge, Ya-Nung Huang (Taïwanaise) pour des contributions de diverses anches, un peu free dans leurs envolées, et Aho Ssan (électronicien français dont le nom revient souvent ces derniers temps), aux machines et laptop pour apporter basses et rythmiques. L’ensemble, traversé de grondements sombres, jouait assurément sur la répétition ad libitum des mêmes mesures et paroles, afin de constituer une sorte de transe sonore, aussi bien dans ses déclinaisons instrumentales que lorsque Rojin Sharafi, micro en main, arpentait le front de scène, face à une salle qui s’éclaircissait toutefois progressivement.
le 07/04/2026