23/04/2026
Gaîté Lyrique,
Paris
Abul Mogard / Camilla Pisani / Franck Vigroux / Gaîté Lyrique / Rafael Anton Irisarri / The Sight Below
À quelques semaines de la sortie, prévue fin juin, de leur second album en commun, Abul Mogard et Rafael Anton Irisarri sillonnent les routes européennes, ensemble ou séparément et, chose assez rare en vérité, n’ignorent pas Paris. Le lancement par Futurs Proches (tourneur et organisateur de soirées) « Oscillo », série d’événements dédiés à l’électronique expérimentale qui se connecte à des images (un peu comme ce que la Biennale Némo peut offrir, par exemple), constituait un bon moyen d’accueillir le duo, au cœur d’un plateau qui réussit à remplir la grande salle de la Gaîté Lyrique.
Arrivé trop tard pour assister à Nacht II, projet de Franck Vigroux, Antoine Schmitt & Loïc Varanguien, on débuta la soirée avec Camilla Pisani, découverte en plein confinement, à la faveur d’une cassette publiée alors chez Midira Records. Son ambient assez sombre nous avait séduits sur cet enregistrement, et nous avions relevé qu’au gré du déroulement de sa cassette, l’Italienne s’orientait de plus en plus vers une techno minimaliste. Mouvement assez similaire pour ce jeudi soir, avec une electronica sourde au début, puis l’arrivée de pulsations de plus en plus appuyées, pour un virage techno au bout d’une quarantaine de minutes, pour les deux derniers morceaux.
Sur l’écran géant placé derrière la Romaine, des lignes, formes géométriques, constellations, esquisses de dessins en points et lignes ou torsions façon double hélice ADN virevoltaient, en noir et blanc. Elles laissèrent place à des halos et flous irisés, épousant l’évolution musicale du propos de Pisani : avec l’entrée de la couleur sur l’écran, les rythmiques se firent plus marquées, bien que le public resta pourtant majoritairement assis, et elle statique, debout derrière son ordinateur.
Très régulièrement salué sur ces pages (on a même l’impression que chaque nouvel album est encore meilleur que son précédent), Rafael Anton Irisarri y est suivi, sous ses différents appellations et projets, depuis son premier album (février 2007, sur Miasmah). S’agissant de ses prestations scéniques, la rareté de ses passages franciliens est telle que seuls des concerts de 2008 et 2009 sont recensés ici. Rodé depuis trois ans, son duo avec Abul Mogard témoigne d’une bonne maîtrise, déployée sur les trois longs morceaux offerts à la Gaîté Lyrique. Construite sur une logique de montée en puissance progressive, avec des nappes un peu ondoyantes, un peu frémissantes, mais surtout d’une grande ampleur, habitant tout l’espace de la grande salle, leur ambient quasi saturée bénéficia, en outre, d’une sonorisation impeccable (pile à la limite de ce qui est supportable sans bouchons).
Derrière les musiciens, de gros spots colorés bleus, orangés et violets étaient posés au sol, éblouissant le public et participant du caractère hypnotisant de l’ensemble. Comme pour le set de Camilla Pisani, le travail de lumière était calé sur la musique avec une luminosité qui s’intensifiait à mesure que le son se densifiait. Ceint de sa guitare électrique, Irisarri en jouait naturellement à l’archet, mais pouvait aussi se concentrer sur ses machines, tandis que Guido Zen officiait au synthé modulaire. Pour leur dernier titre, plus court, l’États-Unien sembla partir sur une partition de guitare plus identifiable, moins noyée dans l’agrégat de nappes. Mais celui-ci reprit pourtant le dessus, dans une veine plus saturée. Assurément, l’ensemble donné par le duo impressionna, manquant toutefois possiblement de l’émotion qui peut nous étreindre sur disque.
Dernier live programmé, celui de Franck Vigroux était plutôt justement placé en fin de soirée (comme l’an passé, après les concerts de Colleen et Dasha Rush dans cette même Gaîté Lyrique d’ailleurs). Musicalement, on retrouva donc ses collages sonores et ses déflagrations, au service d’une techno martiale et martelée. Sur l’écran, ce furent vidéos de chimpanzés qui dévalisent un supermarché, vagues qui emportent l’autoroute, buildings qui s’effondrent, nuages de fumée sur les villes et autres images apocalyptiques. Bref, pas forcément grand-chose qui nous invitait à rester plus d’une demi-heure face à cette prestation.
le 28/04/2026