(Constellation / Modulor)
10/04/2026
Rock

À force de venir jouer ou d’apporter son concours technique sur des disques d’Oiseaux-Tempête, il fallait bien que Radwan Ghazi Moumneh finisse par réaliser un album en commun avec le meneur du groupe français. Compagnons de route de longue date, donc, le Canadien et Frédéric D. Oberland se sont retrouvés régulièrement, pendant deux ans, à Montréal ou à Paris, pour croiser leurs instruments, électroniques et voix, dans un album à la richesse assez singulière. Dès son ouverture, du reste, le mélange entre instruments traditionnels (buzuk, rababa, clarineau), les apports plus contemporains (synthé modulaire, boîte à rythmes) et la voix de Moumneh conduit l’auditeur dans une sorte de tourbillon ou de transe (Squeal Of Swine خنخنة خنا) qui, pour autant, est assez trompeuse quant au reste du long-format.
De fait, et hormis plus loin sur The Serpent بسمة افعى, le tempo s’y montre moins élevé et l’aspect tempétueux moins présent, comme si, pour incarner le regard des deux musiciens sur les fracas géopolitiques actuels, eux qui assument leurs engagements et positionnements, ils avaient compris qu’il ne faut pas nécessairement hausser le ton. Les mélopées un peu plaintives du saxophone alto de Frédéric D. Oberland (A Silence With No Ceiling لا للصمت سقف, Walked And Walked سار و سار) peuvent, ainsi, tout à fait traduire cet état du monde, et la fragilité d’une petite lueur d’espoir.
Volontiers assez sombre, l’album fait, à ce titre, le choix de filtrer la voix du Canadien, impeccablement croisée avec l’électronique et les percussions, la répétition des mêmes phrases renvoyant aux boucles circulaires générées par les synthés modulaires (The Serpent بسمة افعى). Ce métissage entre ces deux univers (qu’on retrouve aussi dans la volonté des deux musiciens de retranscrire les intitulés en anglais et en arabe) fait, ainsi, la qualité et la singularité de cet album.
le 02/07/2026