du 22/05/2026 au 30/08/2026
Musée d’Arts,
Nantes
Pour sa traditionnelle exposition d’art contemporain estivale, le Musée d’Arts de Nantes a ouvert ses portes à Anne et Patrick Poirier, auteurs, depuis un demi-siècle, d’une œuvre assez riche mais à laquelle on ne s’était pas encore confronté. Adeptes de recherches quasi-archéologiques, faites au gré de leurs différents voyages, les Français ont installé leurs créations dans deux espaces de l’institution nantaise : le Patio et la Chapelle de l’Oratoire.
Au centre du premier, une ville blanche, constituée de petites constructions en céramique, disposées sur un tapis de plume, figure La Cité des Ombres. Positionnées selon un plan reprenant les composantes internes du cerveau humain, ces sculptures s’inscrivent dans une esthétique de la ruine, tout en invoquant une forme d’ailleurs ancestral. Un extrait de poème, en lettres néons, court sur les murs périphériques tandis que d’autres petites constructions, partitions musicales ou fragments sont contenus dans des vitrines installées dans les coursives encadrant le centre du Patio. L’ensemble, virginal et plutôt apaisant, compose alors une invitation à la réflexion et à considérer la petitesse de notre condition.
Moins subtil, Danger Zone occupe la partie supérieure de la Chapelle de l’Oratoire, plongée dans le noir suivant un dispositif un peu manichéen et simpliste. Une ville sombre mise sous cloche contient tous les éléments conduisant au dérèglement climatique et à la mise en péril de la planète : avions, buildings, usines, chantiers de construction, etc… Là encore, une phrase en néon souligne le propos : « Un monde qui se fait sauter lui-même ne permet plus qu’on lui fasse le portrait ». Si le souci d’Anne et Patrick Poirier de ce monde qui fonce droit dans le mur ne saurait être contesté, le message paraît ici trop asséné. L’autre grande maquette placée dans la Chapelle de l’Oratoire se montre moins manifeste, L’Incendie de la Grande Bibliothèque, réalisée en charbon de bois, ne se dévoile ainsi pas immédiatement, et il faut un peu de temps pour saisir qu’il s’agit effectivement des restes d’un bâtiment destiné à accueillir le savoir. Accompagnée par la partition de guitare électrique d’Alain-Guillaume Poirier (forme de post-rock alangui), la contemplation de ces ruines fait assurément naître une belle émotion.
le 14/08/2026